Hanifa une vie brulée, de Ramdane Iftini et Sami Allam


Une voix suave et tourmentée

Hanifa une vie brûlée, un documentaire réalisé par Ramdane Iftini et Sami Allam, adapté du livre biographique du journaliste Rachid Hamoudi, a été projeté le 8 mars dernier à la maison de la Culture de Béjaïa.

Hanifa une vie brûlée (Algérie 2007, 52’) a ému la majorité des femmes présentes, le 8 mars dernier, à la maison de la Culture de Béjaïa, qui ont découvert ce jour-là la vie tourmentée d’une artiste, d’une autre génération, dont le combat pour son émancipation a marqué toute sa vie. Ce film expose la vie tumultueuse d’une femme qui a subi les affres de la persécution, de la marginalisation et de l’exil. Née en avril 1924 à Ighil M’henni (Azzefoun, Tizi Ouzou), c’est de là que Zoubida a commencé à refuser l’ordre établi par le père qui la maria à un homme qu’elle ne connaissait pas. Profitant de l’absence du mari, elle quitta la maison conjugale.

Comme un oiseau qui se refuse à rester en cage, elle n’a jamais accepté le mariage arrangé que lui ont imposé ses parents, sachant bien que sa place est dans la chanson et non cloîtrée entre quatre murs. Hanifa, une femme prenant déjà une voie tracée vers la chanson, en animant talentueusement des galas de femmes (ourar) dans son village. Elle divorça deux autres fois, ce qui a emmené son père à la renier, constatant qu’elle ne serait jamais en mesure de fonder un foyer. Elevant une fille issue de l’un des deux mariages, elle habita à El-Madania (ex-Clos-Salembier), où elle fit la connaissance de Cherifa, celle qui l’a guidée vers la chanson en la présentant à Cheikh Nourdine, l’animateur de la radio kabyle de l’époque. Elle fit son entrée à la radio en 1952, sous le pseudonyme de Hanifa, grâce à l’appui de Cheikh Nourdine qui apprécia la voix chaude et suave de celle qui ne tarda pas à devenir la diva de la chanson kabyle. Elle partit en France où elle s’engagea pleinement dans la chanson au quartier Saint-Michel, carrefour des chanteurs arabes. Grâce à Kamal Hamadi, qui lui a composé la quasi-totalité de ses chansons, Hanifa, connue comme la porte-parole des démunis et des laissés-pour-compte, ne tarda pas à s’imposer comme une voix importante de la chanson kabyle des années 1950, en interprétant des dizaines de chansons ayant pour thématique : l’amour, la misère, l’exil… De retour au pays à l’indépendance, elle subit les pires affres de la vie. Comme une âme blessée, elle regagna une seconde fois la France, en 1975, sans toutefois trouver la paix et les amis qu’elle recherchait.

Le parcours honorable d’une chanteuse qui a su propulser la chanson kabyle au plus haut sommet se termina un certain 29 septembre 1981. Elle fut happée par la mort à l’âge de 57 ans, au moment où elle pouvait donner beaucoup plus à la chanson kabyle. Au cinéma, elle a joué dans le feuilleton l’Incendie. Pour immortaliser cette voix pure, un disque de dix titres de cette chanteuse au destin tragique est actuellement sur le marché.


Synopsis : portrait de la défunte Hanifa, depuis sa naissance en 1924, jusqu’à sa mort en 1981. C’est le vécu de la chanteuse qui est porté à l’écran pour dire son destin tragique et romanesque, souvent comparé à celui d’Edith Piaf. Cette dame, dont le nom figure dans le répertoire culturel et artistique contemporain de l’Algérie, est devenue célèbre grâce à sa voix particulière qui oxygéna la radio dans les années 1950, mais aussi grâce au ton et aux thèmes qu’elle interprétait.

Le Jeune Indépendant

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