Festival culturel national du théâtre amazigh de Batna

Un cri du Sud

 Festival culturel national du théâtre amazigh de Batna
Un cri du SudÀ la troisième soirée de ce rendez-vous, c’était au tour de la troupe de l’association Rokh El-Massrah de la ville de Tamanrasset de présenter sa nouvelle pièce.

Le rush, qui a démarré à la première soirée du Festival du théâtre amazigh, a certes baissé d’un cran, vu les températures négatives que connaît la capitale des Aurès le soir, mais les amateurs du quatrième art ne se sont pas découragés pour autant, sachant qu’un très grand nombre de citoyens font le déplacement à partir des villages et hameaux de la wilaya de Batna et même des wilayas limitrophes (Khenchela, Oum El-Bouaghi, Biskra).
Depuis la première soirée, les spectacles se jouent en salle archicomble où se mêlent comédiens, simples citoyens, familles et invités ; une atmosphère particulière y règne ; tamazight, dans ses différentes variantes, est à l’honneur ; on ne comprend pas toujours ce qui se dit sur scène, c’est le voisin kabyle, chaoui, mozabite ou targui qui explique ; comme le théâtre est une expression universelle, suivez le geste, le corps et la mimique.
A la troisième soirée de ce rendez-vous, c’était au tour de la troupe de l’association Rokh El-Massrah de la ville de Tamanrasset de présenter sa nouvelle pièce. Une première prestation réservée au Festival du théâtre amazigh, puisque Tarwi Azelfen, du metteur en scène et scénographe Azouz Abdelkader, d’après un texte de Saâdallah, a gardé l’exclusivité et sa première sortie au rendez-vous du quatrième art qu’abrite la capitale des Aurès.


Le metteur en scène Azouz Abdelkader est un habitué du théâtre amazigh mais aussi auréolé et primé, puisque lors de la 5e édition (l’année passée) il a été primé pour son travail (la Dance de la mort). Pour cette nouvelle participation, le jeune artiste s’attaque à un sujet beaucoup plus grand, beaucoup plus compliqué et imbriqué : l’homme et l’humanité. Dès la première apparition des comédiens sur scène, sans levée ni ouverture de rideau, à la demande du metteur en scène, l’atmosphère est des plus tendues (musique violente, gestes graves, regards sévères…)  comme pour accentuer un conflit qui existe déjà ; sur scène, on ne se contente plus de se refuser, on s’affronte : l’homme est devenu danger, loup pour l’homme ; mieux, il a oublié son humanité, son humanisme, le déchirement et le conflit sur scène de douze protagonistes (comédiens) (le nombre des mois d’une année) explique que, 365 jours durant, les hommes s’affrontent, dans un climat de refus de l’autre, de racisme, de xénophobie, sans concession aucune. Séparés par des idées, des concepts flous, des idéologies, des intérêts, des couleurs, les hommes et les femmes semblent ne pas se rendre compte que ce qui les unit est plus important que ce qui les sépare, ils sont minoritaires, celles et ceux qui se rendent compte, mais ils sont impuissants. Des fibules, un sorcier, un sage, des tenues redonnent, le temps d’une pièce, la dimension omise de l’africanité de l’Algérie, une autre identité oubliée que rappellent à plusieurs reprises les acteurs.


Comme ultime espoir, le rêve vient remplacer le cauchemar, et une naissance synonyme d’un nouveau monde, quand bien même absurde, peut enfin se réveiller et dire basta. Lors d’une rencontre-débat avec le metteur en scène, comme de coutume depuis le démarrage du festival, beaucoup de points ont été soulevés.
Le fil conducteur, presque invisible pour les spectateurs un peu égarés par trop de messages et de lectures, parfois la pièce prend des allures d’une opérette, ont déclaré certains comédiens et metteurs en scène présents lors des débats, qui n’ont cependant pas nié la qualité du travail (scénographie) et l’usage de plusieurs variantes de tamazight durant tout le spectacle.

R. H.

Liberté 

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