Entretien avec Zedek Mouloud

«Un artiste qui a chanté pendant 30 ans ne peut pas quitter la scène comme ça !»


Entretien avec Zedek MouloudZedek Mouloud n’est pas un artiste qui se prend la tête, car il a la tête bien sur les épaules.

Pondéré, calme et sûr de lui. Il a, certes, à un moment de dépit et suite à une levée de boucliers d’horizons différents, bêtes et méchants, tenté, pas plus, de tourner le dos à son activité artistique, mais il s’est aussitôt ravisé. «On ne décide pas comme ça d’abandonner un métier qu’on a pratiqué durant plus de 30 années», dira-t-il. En effet, il ne pouvait pas accrocher comme ça son mandole au mur alors qu’il a encore des choses à dire, un message à faire passer et un idéal à défendre. «Un artiste est par nature engagé, il est au service des causes nobles des siens. Il ne peut se dérober à son devoir de cœur et de mémoire envers son identité», ajoutera-t-il. Mouloud Zedek est né à Aït Khelfoun, à Béni Douala, un 13 septembre 1960, l’été finissant et l’automne venant, un mois et une année où les solstices ne rataient que bien rarement leur rendez-vous. Et il se trouve que c’est surtout «en automne que les muses l’accaparent et l’inspiration lui vient ». Selon lui, il a commencé à «poèmer» très jeune, en 2ème AM. Il s’est mis à composer des musiques, bien plus tard, durant son service national, il n'a pas fréquenté une école de musique, tout comme du reste, la plupart de ses pairs. Mais selon lui, rien ne vaut l'école d'Ath Khelfoun. Lui, le poète, aligne ses mots sur sa partition musicale qui précède le verbe. Donc, la musique de Zedek préexiste au poème. Ainsi, la primauté du ton et du tempo sur les paroles fait l’originalité du style de l’artiste. Et c’est justement là que l’osmose entre le musicien et le poète se fait plus féconde, plus élaborée.
Il a bien accepté de nous accorder l’entretien qui suit, à travers lequel il nous parle de son art et de la manière dont il l’aborde et le conçoit.

La dépêche de Kabylie : Mouloud, tu t’apprêtes à sortir ton nouvel album intitulé «Asderfef», que comporte-t-il comme thématique, comme forme musicale, comme apport à la musique et à la chanson kabyle ?
Zedek Mouloud : J’ai fait comme j’ai l’habitude de faire. Cet album contient 13 chansons.
J’y ai apporté des choses que je n’ai pas abordées dans les albums précédents, autant sur les plans musicaux que thématique. Ce sont des thèmes variés.

Dans ta démarche personnelle, parce que tu as un style personnel qui se distingue par rapport aux autres, quels sont tes sujets de prédilection, les thèmes que tu préfères surtout traiter ?
Je n’ai pas de préférence quant à des sujets particuliers. Je me lance des défis, j’essaye d’apporter du nouveau, d’évoluer et d’avancer.

Le thème essentiel dans cette nouvelle création tu l’as consacré à quoi ?
Ils sont tous essentiels. Cependant, j’ai abordé notamment le sujet dont tu viens de parler, lorsque j’ai participé, l’année dernière, durant le mois de Ramadhan, à un déjeuner sur la place publique, quand certaines gens n’ont pas hésité à me stigmatiser en me traitant d’antireligieux et autres, alors que ce n’était pas du tout mon but. Je voulais crier ma révolte contre ceux qui étaient opposés à la liberté de conscience, la liberté de culte. Point barre.

En effet, le Ramadhan passé, tu as décidé d’abandonner la chanson et maintenant tu annonces ton retour avec ce nouvel album, qu’est ce qui t’as motivé pour prendre cette décision ?
J’ai déjà annoncé mon retour auparavant dans la presse. Un artiste qui a chanté pendant 30 ans ne peut pas quitter la scène comme ça du jour au lendemain, sur un coup de tête. Moi, j’ai fait ça pour secouer les gens et leur dire voilà, à partir du moment où l’on ne peut pas dire ce qu’on veux, il vaut mieux disparaître. Je ne peux pas être hypocrite. Donc, j’ai dit et fais ce que je pense être juste pour moi. Je défends les valeurs humaines, universelles. Je suis un artiste tout simplement.

Il y a une tendance chez nous qui soutient qu’un artiste doit être engagé. À ton avis, est-ce qu’il est demandé à l’artiste un engagement pour une cause ou toutes les causes ?
Bien sûr. Vu la situation où est notre langue, notre identité exige et impose à l’artiste kabyle ou berbère, un parti pris pour cette cause. Parce qu’il y a déjà des artistes qui nous ont précédés et qui se sont battus pour la reconnaissance de notre cause. Il nous revient de continuer leur combat.
 
Revenons si tu le permets au plan musical, où est ce que tu te situes musicalement, parlant par rapport au chaâbi, au moderne et à tous les genres pratiqués par nos chanteurs, toutes langues confondues ?
C’est facile, j’essaye de chanter comme a chanté Slimane Azem, El Hasnaoui, comme ont chanté les chanteurs à texte que j’ai aimé et qui ont bercé mon enfance. Moi j’appartiens à la famille qui avance. Je ne suis pas limité, je n’ai pas de frontière, j’essaye d’évoluer et de plaire. Je voudrai que ma musique soit écoutée par le maximum de gens.

À tes débuts, à quel artiste as-tu rêvé de ressembler ?
J’ai rêvé de ressembler à beaucoup d’artistes, entre autres El Hasnaoui, Slimane Azem, Aït Menguelet, Matoub, Ferhat, Idir, ce sont des artistes qui nous ont fait vibrer dans les années 70-80. D’ailleurs, j’ai grandi en écoutant leurs chansons.

À part le mandole, joues-tu d’un autre instrument ?
J’ai commencé à chanter avec un mandole, mais quand je suis sur scène, il m’arrive de monter avec une guitare. Je fais, par ailleurs, un peu de percussion, un peu de rythme mais c’est juste pour moi, pour mon travail.

Est-ce que tu es le seul auteur des paroles de tes chansons ?
Effectivement, je suis le seul auteur de mes paroles.

Comment ça se passe, c’est le poème qui te permet de trouver la musique ou l’inverse ?
En général, c’est la musique qui m’aide à trouver les paroles. Mais il m’arrive d’écrire les paroles avant de leur trouver une musique. Là, il faut attendre un peu et procéder par étape.

Quels sont les poètes qui t’ont le plus inspiré ?
Je dirais Si Mohand ou Mhand, Youcef Oukaci, Belaid Ath Ali et même au-delà, un poète est poète quelle que soit la langue dans laquelle il s’exprime.

Il t’arrive de lire, quels sont tes auteurs préférés ?
Mes auteurs préférés sont tous ceux qui ont parlé de la Kabylie, des kabyles et des berbères. J’ai tout lu de Mouloud Feraoun. D’ailleurs, dans le journal, l’auteur du «le fils du pauvre» a parlé de mon village Ath Khelfoun et ça m’a fait énormément plaisir. Mouloud Mammeri et surtout Bessaoud Mohand Arab, Boulifa et j’ai été aussi touché par Fadhma Ath Mansour Amrouche et son roman autobiographique «Histoire de ma vie» et bien d’autres.

Tes lectures, arrivent-elles à t’influencer dans ta poésie ?
Indubitablement, elles m’aident.

Entretien réalisé par S. Ait Hamouda

La Dépêche de Kabylie 

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