BÉJAÏA : ANNULATION DU GALA DE CLÔTURE AVEC IDIR

La manifestation «Lumières sur Akfadou» a tenu toutes ses promesses

La manifestation culturelle initiée sous le thème «Lumières sur Akfadou» dans la municipalité d’Akfadou, qui s’est achevée dans la soirée de mardi, a tenu toutes ses promesses.Trois jours durant, les projecteurs de l’actualité culturelle étaient braqués sur cette région de la Basse Kabylie chargée d’histoire.

La population était massivement au rendez-vous de ce grandiose événement culturel avec au menu un programme riche et varié minutieusement concocté par ses organisateurs.Toute la population s’est mobilisée pour la réussite de l’événement même si la clôture, prévue par un important gala artistique avec la participation d’une pléiade de stars de la chanson amazighe dont l’ambassadeur de la chanson kabyle, Idir, présent à la rencontre, fut quelque peu gâchée par des aléas climatiques. En effet, alors que tout a été soigneusement mis en place pour une clôture en apothéose, un important orage s’invite dans la soirée et contraint les organisateurs à annuler à la dernière minute l’événement artistique. Oulahlou, Si Moh, Boudjemaâ Agraw, Akli D., Ali Idheflawen, Louiza, la nouvelle étoile montante de la chanson kabyle Baileche, Brahim Tayeba, des vedettes de la chanson du Chenoua, chaoui et du Mzab n’attendaient que l’entame de la soirée pour y mettre le feu. L’illustre chanteur kabyle, Idir, qui ne s’est pas produit en Algérie depuis plusieurs décennies, figurait également au programme de la soirée. Tout était réuni pour une mémorable fête. Des milliers de personnes ont fait le déplacement des quatre coins de la wilaya à l’occasion de ce gala en espérant assister enfin à un spectacle de l’icône de la chanson kabyle. Une grande déception se lisait sur tous les visages à l’annonce de l’annulation définitivement du gala après avoir attendu plusieurs heures que le ciel se calme. L’immense foule qui s’est déplacée à Akfadou se dispersera dans le calme. La déception se lisait également sur les visages des artistes présents. De fortes pluies en ont décidé autrement. Si la soirée artistique a été annulée, il n’en demeure pas moins que les objectifs de la manifestation culturelle qui se voulait un moment d’expression identitaire et citoyen a été atteint. La déclaration au Soir d’Algérie à la clôture de la rencontre de Nacer Irid, un enfant d’Akfadou vivant au Canada, à l’origine de l’idée d’une telle rencontre avec un autre passionné de la région Mokrane Gacem, ancien journaliste du Matin et animateur du club de la presse à Berbère Télévision, témoigne du sentiment «de satisfaction et de mission accomplie» chez les organisateurs. «Un grand succès du fait que c’est un travail de mémoire, de réunification aussi très important qui sont réussis. J’espère par la même occasion également la relance de la militance autour des questions qui nous intéressent le plus, notamment notre identité, notre culture et puis le vivre ensemble. Nous avons réuni toutes les forces politiques qui se reconnaissent et se retrouvent dans ce travail de mémoire, nous espérons avoir dépassé certains clivages et pouvoir peut-être relancer le combat unitaire autour des idéaux les plus importants pour notre société », note Nacer Irid. Mhenni Haddadou, jeune maire d’Akfadou qui s’est totalement investi pour la réussite de la manifestation, a insisté sur le caractère populaire de l’événement organisé par «toute la population de l’Akdafou sans distinction et sans aucune exclusion», a-t-il tenu à souligner. L’espace de trois jours, la population d’Akfadou a vibré au rythme d’un vaste programme traitant de l’écologie à la sociologie politique de la région en passant par l’artisanat, le chant, le cinéma, la poésie. Un cycle de conférences sur l’histoire, la culture et la langue amazighes animé par Achab Ramdane, Adli Younès, Hachi Slimane,Tiziri Nora, Alioui Youcef était au aussi au menu ainsi qu’une visite sur les lieux ayant abrité le congrès de la Soummam et une excursion vers le Lac noir. La première journée de cet événement culturel a été dédié au Mzab en signe de solidarité agissante de la population locale suite aux douloureux événements qui secouent la région depuis plusieurs mois. Une conférence sur les événements de Ghardaïa a été aussi programmée dénonçant la campagne de salafisation, qui se fait aux dépens de l’islam ancestral, propre aux musulmans du Maghreb et singulièrement aux Mozabites avec leur rite ibadite, qui a toujours vécu en harmonie avec l’islam traditionnel, explique le conférencier. Le cinéma était aussi au programme avec la projection d’un intéressant documentaire réalisé par Hocine Redjala, traitant de la Rahmania, une pratique religieuse inspirée du soufisme qui permet, selon son réalisateur, «de renforcer l’idée que la communauté prime». Et d’ajouter «comme cheikh Aheddad à l’origine était un forgeron qui est parti d’Akfadou, c’est aussi par respect à la mémoire et pour rendre un peu à la région ce qui lui appartient. Un forgeron dans la communauté kabyle est redouté et de surcroît Ahedad de Sedouk est un érudit, un connaisseur. Il a connu les mathématiques, l’astronomie, c’est une connaissance hyper-importante et qui avait dirigé aux destinées de la Rahmania», explique-t-il lors des débats. Le documentaire évoque les déportations après l’insurrection de 1871 qui était considérée comme le début déjà de la révolution. Le documentaire rappelle ainsi les problèmes des déportés aujourd’hui. «On compte beaucoup de Kabyles qui sont déportés un peu partout dans un certain nombre d’îles comme la Nouvelle- Calédonie, Nouméa et aussi dans d’autres pays comme la Syrie, beaucoup de Kabyles souffrent de ce qui se passe dans ces pays. Ce sont des Kabyles qui ont toujours réclamé le retour à leur origine et dire que c’était des guerriers, des gens qui ont résisté à la France coloniale», autant de questions abordées dans le film de Hocine Redjala suivi d’un débat ayant suscité un vive intérêt auprès de l’important auditoire présent lors de sa projection. Comme cerise sur le gâteau, la rencontre culturelle d’Akfadou a été rehaussée par la présence de l’ambassadeur de la chanson kabyle qui s’est déplacé spécialement de France à Akfadou pour regagner Paris à la clôture de la manifestation. Accompagné de Mohamed Saâdi et de Kamel Tarwiht respectivement créateur de la première chaîne d’expression amazighe, Berbère Télévision et de Kamel Tarwiht, Idir a procédé à l’inauguration symbolique de la bibliothèque communale en présence d’une imposante foule composée de citoyens de la municipalité mais également de nombreuses personnes venues de différentes localités de la wilaya. Idir ne cachait pas son immense joie pour l’accueil chaleureux de la population.

Idir : «Une immense joie de me trouver dans ce rendez-vous culturel citoyen loin des officiels»
«C’est avec une immense joie que je me retrouve ici dans cette région chargée d’histoire. Une immense joie de venir à ce rendez-vous culturel initié par la population loin des officiels. Ma présence parmi la population pour l’inauguration de surcroît d’un édifice culturel est aussi un énorme plaisir, car j’estime que si la politique a constitué un facteur de division c’est par la culture que les citoyens pourront se retrouver. La culture réussit à réunifier les gens là où le politique divise », a affirmé Idir en substance lors d’une brève allocution sous de chaleureux applaudissements de la foule. Intervenant à son tour, tout en estimant que l’audiovisuel constitue un moyen important pour la promotion de la culture amazighe, Mohamed Saâdi, patron de Berbère Télévision a, néanmoins, fait savoir que la totale contribution de l’Etat algérien avec de gros moyens financiers reste impérative pour une réelle promotion de notre culture et surtout pour consacrer l’officialisation de la langue amazighe. Les chanteurs bien que profondément déçus par l’annulation du gala n’ont pas manqué aussi de saluer l’initiative d’un tel rendez-vous culturel. Si Moh Akli D., Baileche et Boudjemaâ Agraw souhaitent que «ce genre d’initiatives se multiplient dans toutes les régions». «Un intéressant événement culturel qui a permis aussi une rencontre des artistes dans cette région historique avec un programme aussi riche et varié, une manifestation grandiose avec peu de moyens. C’est une réussite sur tous les plans même si le gala n’a pu avoir lieu pour cause d’aléas climatiques. Un grand succès pour les organisateurs là où avec de très loin plus de moyens ne réussissent pas. Réussir à réunir à un tel plateau d’artistes n’est pas chose aisée. Les initiateurs ont su convaincre tout ce beau monde à participer par leur sérieux et leur engagement», ont souligné tous les artistes présents.

Le Soir d'Algérie    

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