Mouloud Feraoun, cet écrivain qu’on ne cessait d’assassiner

Mouloud Feraoun, cet écrivain qu’on ne cessait d’assassinerAvant d’être lâchement assassiné par l’OAS, le 15 mars 1962, l’écrivain Mouloud Feraoun l’a été déjà à plusieurs reprises depuis les années 50. Il ne s’agit pas bien évidemment d’un assassinat au sens physique du terme mais plutôt d’une mort intellectuelle que son camarade de classe et écrivain, Emmanuel Roblès, lui a voulu subir.

C’est ce qu’a déclaré, samedi dernier, Ali Feraoun, fils de l’écrivain et président de la fondation Mouloud Feraoun pour l’éducation et la culture, lors d’une conférence organisé par l’association « Ighil Zegaghen », de Haizer (wilaya Bouira), à l’occasion du nouvel an berbère. « Mouloud Feraoun, dans le fils de pauvre, a montré une tranche de vie, de 1910 à 1948. Il retrace l’histoire d’un enfant qui entre à l’école normale et qui devient instituteur, son pays est dans la misère, occupé par les français.

Il a montré que la France n’était pas une fatalité. On pouvait la mépriser. C’est ce que Feraoun a voulu montrer dans le fils de pauvre. Ce n’est pas autre chose. Et cette partie-là, Emmanuel Roblès l’a enlevée », a déclaré Ali Feraoun. « Si on parle de l’assassinat de Feraoun, son entrée dans les éditions le Seuil, ça a été déjà une trahison et un assassinat. Et c’est Roblès qui l’a fait », ajoute-t-il. Le deuxième assassinat, raconte le conférencier, c’est quand Mouloud Feraoun, en 1958, a écrit le livre « l’anniversaire », où il a fait savoir qu’il ne peut y avoir de mariage entre la France et l’Algérie.

Quand l’auteur a donné, en janvier 1959, le livre à Roblès qui gérait la collection méditerranée chez les éditions le Seuil, ce dernier s’est opposé en signifiant à Feraoun que « cette histoire ne peut pas faire l’objet d’un roman mais ne n’est qu’une petite nouvelle ». Après les tentatives d’anéantissement de l’écrivain et son œuvre par son « pseudo ami » Emmanuel Roblès, comme l’a qualifié Ali Feraoun, vient le tour des dirigeants du FLN de l’époque.

« Quand le journal de Feraoun est sorti en 1962, les gens du FLN ne l’ont pas aimé. Ils n’ont pas aimé que Feraoun dénonce les complots qu’ils étaient en train de faire depuis 1958 », souligne le conférencier. Après la disparition de l’écrivain, les dirigeants de l’Algérie indépendante s’en prennent à sa famille. « Ils nous ont fait du mal. Feraoun nous a laissé dans une maison. Ils nous ont fait sortir de cette maison-là et ils nous ont jeté dans la rue. Ils nous ont fait bouffer du feu », raconte le fils de Feraoun. L’acharnement des gens du FLN contre Mouloud Feraoun ne s’arrêtait pas. « On a demandé à Christian Achour d’enseigner dans les facultés d’Alger que Feraoun est un écrivain assimilationniste », affirme Ali Feraoun.

Ce dernier a démenti que l’auteur du fils du pauvre soit un assimilationniste. Il s’appuie sur un article de Feraoun sur Albert Camus publié pendant la guerre dans lequel l’enfant de Tizi Hibel dit que les assimilationnistes se trompent. « Feraoun a écrit qu’on ne peut pas être assimilé à un français. La seule assimilation possible serait que tous les algériens, quels qu’ils soient, français ou musulmans, se mettent en chéchia et en burnous à l’unisson pour être des algériens parce que ce pays s’appelle bien l’Algérie et ses habitants s’appellent bien des algériens », souligne-t-il. Ainsi, l’énième tentative de porter atteinte à la mémoire de Feraoun, c’est la préface du livre Mouloud Feraoun, un écrivain engagé de José Lenzini, sorti en 2013 chez Actes Sud, écrite par Louis Gardel.

« Cette préface a faussé tout le livre», dit Ali Feraoun qui a tenu à affirmer que le préfacier du livre est bel et bien le successeur d’Emmanuel Roblès chez les éditions le Seuil. Pis encore. Louis Gardel, d’après Ali Feraoun, a été pris en photo, fusil à l’épaule aux côtés du sinistre capitaine Oudinot qui n’était que le chef de la SAS de Beni Douala entre 1956 et 1961. La photo en question a été publiée dans le livre écrit par Oudinot « Un béret rouge...en képi bleu ! ». Le livre de José Lenzini, Mouloud Feraoun, un écrivain engagé, sera réédité en Algérie d’ici le mois de juin prochain, affirme Ali Feraoun qui rédigera sa préface. Quant à la fondation qui porte le nom de l’auteur du fils du pauvre, créée depuis deux ans, « elle va continuer à perpétuer l’ouvre de Feraoun qui est aussi bien pour l’éducation que la culture ».

El Watan  
 

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