Les chants chaouis de markunda aurès

La voix des montagnes…

Les chants chaouis de markunda aurès
La voix des montagnes…Markunda, nom de lieu au pays des Aïth Soltane, tribu, mais aussi mont qui a donné et reçu le nom de ses habitants. Markunda est, aussi et surtout, le nom d’une artiste, chanteuse, auteur, interprète d’un talent inégalable, une diva chaouia, peu prolifique, certes, mais qui a marqué les auditeurs et les mélomanes de la chanson chaouie à la fin des années 1980.

Markunda Aurès est une remarquable voix des Aurès. Son talent inégalable et ses qualités d’auteure-compositeur et interprète, ont fait d’elle une artiste incontournable, bien que peu prolifique. Chants et rythmes berbères chaouis était son premier album. Sorti en 1988, ce disque s’est vendu comme des petits pains. Si les mélodies et le rythmes ont eu un effet presque “sédatif” et “anesthésiant” sur les auditeurs, c’est surtout la voix sans artifices de la chanteuse qui a marqué les esprits et les oreilles averties plus particulièrement. Markunda Aurès fait partie des précurseurs – c’est ainsi qu’on les appelle –  des artistes chanteurs interprètes, qui en dépit de moult difficultés, surtout l’interdit, ont pris – sur eux – le risque à l’époque de chanter en langue maternelle, à l’instar de Dihya, les Berbères, Souhali, Nedjahi, Massinissa, Nouari. À l’époque, aucune concurrence n’était possible, la variété, le tempo, le rythme, le timbre de la chanson auressienne permettait une flexibilité inouïe et chaque artiste trouvait sa voie, son public, son répertoire.

Si la chanson militante mobilisait plus, s’écoutait plus et se vendait mieux, Markunda a su donner une passion, des sentiments et surtout le plaisir de découvrir un chant millénaire, qu’on a voulu étouffer. En l’écoutant, on l’impression d’ouvrir un livre de contes, de voyager dans les Aurès, d’assister à une fête où règne une odeur envoûtante de couscous, où le baroud se mélange aux parfums des femmes. “Je suis née dans les Aurès en plein cœur du pays chaoui ; j’y ai passé mon enfance et mon adolescence. Puis je suis partie en France pour faire mes études en emportant toute ma culture dans ma tête et surtout les chants.” C’est ce que répond habituellement Markunda aux journalistes qui l’interrogent sur ses origines. L’Aurès est un massif, un pays, mais l’artiste préfère s’identifier comme telle ; avoir un lieu de naissance d’une superficie de 200 kilomètres carrés donne de la dimension.

Il n y a pas l’ombre d’un doute.  Elle raconte comment elle prenait part aux fêtes organisées dans son village. Les belles voix comme la sienne se font remarquer lors de ce genre de rendez-vous où il n’y avait pas, comme maintenant, une séparation entre les hommes et les femmes. Elle dit : “C’est naturel, voire même une grande joie de participer à ce genre de fêtes, surtout les mariages. Si on remarque que tu chantes bien, tu es souvent conviée à chanter. Il y avait toujours un flutiste et un percussionniste pour nous accompagner, les femmes chantent avec les hommes ou bien les hommes jouent de la musique (de la percussion) et les femmes dansent. Il y avait une grande rivalité entre les filles”, a-t-elle témoigné. La beauté du geste, l’harmonie, la synchronisation avec le rythme et le chant.

Source d’inspiration des années plus tard pour l’artiste qui vit sous d’autres cieux dans d’autres réalités, un immense effort de mémoire est déployé pour retrouver, couleurs, gestes, mots, rituels, etc., mais peut-être que les rares et sporadiques voyages au pays des ancêtres aident un tant soit peu. Les titres de son premier album sont restés gravés à jamais dans les mémoires. Il n’y a point de secret à cela.
Les chansons sont prises ou inspirées directement du quotidien de la montagne chaouie : le travail de la femme, l’amour de la famille, les racines (“Si melmi ntough”, “Anzar”, “aghenja”). L’artiste se souvient comment au hameau chez les Aïth Soltane, on implore Anzar pour qu’il donne de l’eau : “Je me rappelle une chose qui m’a marquée et fascinée, ce sont les rogations pour la pluie. Il y a une jeune fille pubère qui danse et d’autres jeunes filles tournent autour d’elle en chantant. On l’asperge d’eau. Cela s’appelle ‘arenja’ (dans certaines régions arabophones, boughenja), une grosse cuillère en chaoui. Symbole de fécondité, cette même cuillère et habillée en poupée, on dance autour d’elle pour faire tomber la pluie. Je me souviens avoir pris et à plusieurs reprise à cette procession, d’ailleurs j’en ai fait une chanson.”

Cependant  le vol, l’arnaque, le non-respect de la propriété intellectuelle ont fait que cette grande dame de la chanson chaouie s’est retrouvée et à plusieurs reprises victime de plagiat et de contrefaçon. L’intégralité de son œuvre est reprise, chantée, vendue sans son aval, ni approbation.
Lors des différentes éditions du festival de Timgad, les organisateurs n’ont jamais eu la présence d’esprit de l’inviter ; ils lui préfèrent certainement les pales copies et les mauvais imitateurs.

Liberté   

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