MOULOUD MAMMERI : UN VISIONNAIRE


MOULOUD MAMMERI : UN VISIONNAIRE
Toujours dans le cadre de la promotion de tamazight, la Fondation Tiregwa a organisé une conférence-débat au Centre Africa à Montréal, la soirée du 1er décembre 2012, sur Mouloud Mammeri (en kabyle Mulud At Maamar ou Dda Lmulud), anthropologue, linguiste et écrivain berbère. Animée par le Dr Boussaad Berrichi, la conférence était donnée en berbère à la demande des organisateurs et à la satisfaction du public.

Docteur Boussad Berrichi, enseignant et chercheur, est un des rares spécialistes qui a étudié  l'œuvre de Dda Lmulud. Il lui a consacré près de 15 années d'études. À l'occasion, les intéressés peuvent  trouver dans un recueil, de deux tomes, intitulé Mouloud Mammeri, publié en 2008 au CNRPAH (Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques), les écrits et paroles (1952-1989) de Dda Lmulud repris par l'auteur.

L'homme au double regard : Dda Lmulud amusnaw

La conférence débute par la présentation de la vie de l'écrivain. Né le 28 décembre 1917 à Taourirt Mimoun, dans un village d'Ath Yenni, en Kabylie et meurt le 26 février en 1989. Anthropologue, linguiste, écrivain, Mouloud Mammeri a étudié « les humanités » depuis l'école primaire, du village natal, jusqu'à l'université d'Alger puis de Paris. Il est l'auteur de plusieurs romans et nouvelles, de traduction et critique littéraire, de trois pièces théâtrales en plus d'ouvrages en grammaire et linguistiques berbères. Le conférencier a démontré  l'excellence du parcours académique de l'écrivain, il a ajouté également  que « Dda Lmulud possédait un capital scolaire en plus d'un capital culturel hérité des siens, ce qui lui permettait d'avoir un double regard sur sa société : l'un de l'intérieur et l'autre d'un point de vue de l'étranger (académique), si on se base sur l'analyse du savoir chez Bourdieu qui, lui-même, s'était inspiré de la culture et de l'organisation de la société kabyle pour l'élaboration de ces concepts.» Il ajoute « que sa première publication en 1938 a, d'ores et déjà, brossé l'essentiel de sa pensée, alors qu'il n'avait que 19 ans.»   
 
Mouloud Mammeri : l'homme engagé

MOULOUD MAMMERI : UN VISIONNAIRE
 
Docteur Berrichi a choisi d'aborder l'œuvre romanesque de Dda Lmulud pour partager avec le public le témoignage et les messages historiques et socio-politiques de chacun des romans de l'écrivain, mais également pour souligner son implication, souvent ignorée, dans la Guerre de libération nationale.

En effet, les quatre romans représentent quatre moments cruciaux de l'histoire contemporaine de l'Algérie. Son premier roman, La Colline oubliée, raconte la vie dure des habitants d'un village kabyle pendant la Seconde Guerre mondiale et la mobilisation obligatoire des hommes. Toujours dans un contexte colonial, Le sommeil du juste enchaîne en mettant en scène le vécu d'une société bouleversée et déchirée à cause de la Seconde Guerre mondiale. Vient après, L'Opium et le Bâton qui relate  le ralliement de la population pour la Guerre de libération nationale ainsi que la barbarie inouïe et  l'acharnement de la France coloniale à détruire ce qui reste. Enfin, La traversée raconte la vie post-indépendante et la désillusion qui s'en est suivie, cette fois-ci dans le désert.

Docteur Berrichi mentionne, toutefois, que « l'interprétation des œuvres de Mammeri, n'a pas  toujours été à la hauteur, ni même objective » en rappelant la polémique créée par ses détracteurs, en l'occurrence, Mostefa Lacheraf et Mohamed-Chérif Sahli  « en l'accusant injustement et sans fondement de régionaliste minimisant la portée nationaliste de ses romans ».  Le conférencier rappelle que " Mouloud Mammeri était le rédacteur de l'Union des musulmans nord-africains et des rapports lus à l'ONU, par M'hamed Yazid, pour plaider la cause de l'indépendance de l'Algérie en 1957.  À la suite des pressions dues à son implication, il s'est réfugié au Maroc, de 1957 à 1962 ». Il ajoute que " lors de son passage par les frontières, il a été témoin des manœuvres du groupe d'Oujda, pour préparer le coup d'État contre le GPRA, qui lui a proposé d'ailleurs de prendre des vacances».

Privilégier le regard intérieur sur le regard extérieur

Pour finir, Dr Berrichi exhorte le public, notamment kabyle, " à faire la lecture des  œuvres de l'amusnaw pour se faire sa propre opinion, comprendre de l'intérieur et par soi pour se faire sa propre interprétation indépendamment  de la compréhension et de la non-compréhension de l'autre (de l'étranger) et de son interprétation. Ensuite, il recommande de dépasser la lecture classique ou la lecture pour le plaisir afin de saisir les messages de l'œuvre de Dda Lmulud. « Ur tilit d igujilen n wawel, d igujilen n tira », conclut-il.

Saliha Abdenbi

 

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