L'éveil de la relève


L'éveil de la relève - Slimane Benaissa a offert au public un spectacle mémorable.
La Fondation Club avenir a plongé la communauté algérienne présente au Gésù de Montréal et ses honorables invités dans un océan d'émotion  et de surprises sur tous les plans. En effet, le gala de l'excellence qui est à sa 9ème édition a récompensé les membres de la communauté qui se sont distingués par leur travail académique, communautaire, artistique ou sportif.

Aussi, cette soirée a offert des moments mémorables à l'assistance grâce à l'excellente prestation du dramaturge algérien Slimane Benaissa '' qui a présenté sa pièce de théâtre  Et Moujat Welat'' (La vague est de retour). La salle le Gésù était donc archicomble. Il y avait pour une fois toutes les franges de la société algérienne et certains acteurs de la politique algérienne et québécoise dans un évènement qui a d'abord honoré les lauréats de 2012, qui a ensuite souligné le 50ème anniversaire de l'indépendance de l'Algérie et qui a enfin réhabilité la mémoire millénaire de la terre de Jugurtha , de Dyhia, de Amirouche, de Abane et de Si El Houas.

Promouvoir la démarcation de la relève

La Fondation Club Avenir, avant d'honorer les lauréats, elle a commencé par donner tout l'espace nécessaire à une jeunesse dynamique pour gérer l'événement du début à la fin. La  jeune Sara Nacer, directrice de la Fondation a supervisé tout le processus. Ensuite, la jeune Fatima Halimi a assuré l'animation de la soirée avec beaucoup de sérénité. Et enfin, M. Fikri Faradj  a pris en charge l'animation multimédia. Sans oublier tous les bénévoles qui ont donné leur meilleur pour le bon déroulement de cet évènement.

Trois femmes ont donc raflé les trois prix du gala de l'excellence de la Fondation Club Avenir cette année 2012. La palme d'or revient à Amira Boulmerka qui, en espace de quelques années, a bâti une école dans laquelle on dispense entre autre la langue arabe et les valeurs musulmanes. Le prix ''Jeune potentiel', est revenu à Sara-Myriem Mazouz qui est championne en Judo. Sara n'a pas omis de remercier ses parents pour leur soutien moral et financier : "  Ce genre de sport et les voyages exigent beaucoup de dépenses. Vous savez, le Canada ne donne pas beaucoup d'argent au sportifs ". Sara a également gagné une médaille d'or en  juillet dernier lors du championnat du Canada à Toronto. Quant à Teasnim Djellab, elle a eu celui de l'entreprenariat. Elle a crée en septembre 2011 LED SAVIOR , une entreprise de Montréal qui se positionne comme fournisseur de lumière DEL en remplacement d'ampoule classique. La compagnie a déjà un certain nombre de clients importants.

Côté communautaire, ce sont les animateurs du centre culturel algérien qui ont été honorés. Il s'agit de Karim Settouane, Si Yousef Sichaib et Lamine Kalla. Leur dévouement au service de la communauté et des nouveaux arrivants mérite toutes les reconnaissances. " Enfin, il est important de souligner que leur esprit de solidarité va au delà de leur communauté. On se rappellera d'une des activités auxquelles ils ont pris part et où "Ils étaient plus d'une quarantaine de bénévoles à braver le froid pour servir, à 340 itinérants de l'accueil Bonneau, un Couscous Royal,  faisant preuve d'une grande générosité envers leurs concitoyens nécessiteux" ", pourrait-on lire dans le communiqué de FCA.

La recherche a été marquée par le génie de deux chercheurs et universitaires de haute facture. Il s'agit du professeur  Faiçal Larachi  et de Mounir Boukadoum. La réussite exceptionnelle leur sied très bien. Le premier, qui est docteur en génie chimique et professeur titulaire à l'université Laval, n'a pas hésité à souligner que son âge est le même que celui de l'Algérie indépendante. Cependant, si lui, il a été très loin dans son domaine, son pays d'origine traine encore la patte. Le second qui est PHD en génie électrique et professeur à l'UQAM n'était pas présent, mais il a été représenté par ses deux enfants. Il faut souligner que l'intervention de son fils a été explosive. Un jeune garçon de père algérien et de mère marocaine a renversé la salle de rire tellement il était drôle et brillant : " Ne me demandez pas de choisir entre l'Algérie et le Maroc ", dira-t-il à l'assistance.

Tous les prix ont été donnés par des invités de marque. En effet, " plusieurs personnalités de marque ont participé à cette manifestation notamment L'Honorable Diane De Courcy, Ministre de l'Immigration et des Communautés Culturelles du gouvernemental du Québec, Son Excellence M. Smaïl Benamara, ambassadeur d'Algérie au Canada, Mme Djaouida Sellah, Mme Groguhé Saïda et M. Brahmi Tarik, tous trois députés fédéraux d'origine algérienne; M. Gérard Deltell député et leader parlementaire de Coalition Avenir Québec, et Mme Fatima Houda-Pépin députée Libérale et première vice-présidente de l'Assemblée nationale du Québec. Aussi, deux interventions de ces invités ont soit ému le public ou surpris. L'assistance a été très touchée par les propos de Mme Djaouida Sellah,  députée du NPD qui pleurait en parlant de son Algérie et surtout des martyrs qui ont donné leur vie pour l'indépendance de son pays d'origine. Le scoop de la soirée est les révélations faites par Gerard Deltel, député de la CAQ pour expliquer sa présence dans une soirée algérienne : " Vous vous demandez sûrement ce que fait un député de la CAQ ici. Je suis parmi vous ce soir parce que mes parents sont algériens. Ils ont vécu  longtemps à Bab El Oued (Alger). ". Espérons donc que le ciel bleu d'Alger amène de la  sagesse  pour la droite québécoise.

''El Moujat Welat'' : Ala Assa (plus jamais ça)!

Slimane Benaissa a offert au public un spectacle mémorable. L'auteur et l'homme étaient sur scène pour se dire l'histoire et surtout pour la dire à leurs concitoyens. En effet, sur une scène modestement décorée d'un burnous et d'un chevalet avec un arrière plan inondé de lumières rouge, verte et bleue, Slimane Benaissa attaque l'histoire de l'Algérie récente de 1945 à nos jours. C'est une sorte de chronologie des plus importants évènements qu'a vécus le pays depuis la fin de la deuxième Guerre Mondiale. Les massacres qu'a commis la France coloniale en 1945 ont secoué les Algériens au point de se soulever en 1954 pour arracher leur indépendance : " La France est arrivée avec les armes, elle doit sortir avec les armes ", dira l'un des personnages. Le 5 juillet 1962 était euphorique. Le peuple a fêté  sa liberté et tous les espoirs de bâtir un pays moderne et souverain étaient permis. Cependant, les coups bas des coulisses ont brouillé les pistes et terni le ciel bleu d'un pays nouvellement affranchi. Des hommes de haute facture ont été écartés des sphères du pouvoir et le coup d'État de 1965 a imposé une dictature et un régime de terreur pendant 13 ans. Arrive alors l'ère de Chadli et ses réformes kafkaïennes qui ont mené le pays à la ruine et à la montée des islamistes égorgeurs. Les années 1990 appelées la décennie noire ont été mises entre parenthèses : " Tout est noir. On n'y voit rien. Il ne s'est rien passé ", a souligné l'auteur avec beaucoup d'ironie. Et pourtant des milliers d'Algériens ont été assassinés. Un président venu sauver son pays de la dérive a été achevé à Annaba. Sans oublier les personnes disparues. Et comme si ce n'était pas assez, le régime recycle les collaborateurs de Boumedienne. On le ramène et l'État du pays ne fait qu'empirer. L'auteur n'a pas hésité à exprimer son écœurement devant un régime qui refuse le jeu démocratique et de l'alternance : " On n'a jamais vu un ministre occuper un portefeuille pendant 20 ou 30 ans. En Algérie si ".

L'éveil de la relève - Slimane Benaissa a offert au public un spectacle mémorable.
L'école de Slimane, Karim et Mokrane

La pièce qui est en quelque sorte une suite de Babor Ghraq rapproche et éloigne le public de son histoire récente pour mieux la lui expliquer. Il y a d'abord l'auteur lui-même qui rend hommage à sa propre mère qui l'a allaité, à son grand père qui lui a inculqué la sagesse et la perspicacité. Vient ensuite l'école à l'époque de la colonisation. Les élèves algériens qui avaient la chance d'y accéder étaient ballotés entre l'école française et l'école coranique. Tout ce que l'instituteur français disait était remis en cause par Karim. Ce dernier qui ne faisait que collectionner des zéros a répondu à son camarade Slimane : " Un zéro national est mille fois mieux qu'un 20 français ". Autour de ces enfants innocents, la situation bouillonnait tellement qu'ils avaient envie de monter au maquis, mais leurs ainés les conseillaient plutôt d'étudier pour pouvoir bâtir l'Algérie de demain, une fois l'indépendance acquise. Le hic est que ces enfants, une fois devenus adultes, n'ont pas pu bâtir quoi que ce soit chez eux. Ceux qui les ont libérés ont imposé un dictat qui n'est pas tellement différent de celui de la France coloniale.

Djedi amazigh et Chaoui

Slimane Benaissa, une fois qu'il ait fait le tour des évènements souvent dramatiques de l'Algérie comme ceux de 1980 en Kabylie, de 1986 à Constantin, de 1988 à Alger notamment et de 2001 en Kabylie et Alger, il reprend son dialogue avec son grand-père encore une fois. Son grand-père qui symbolise la mémoire et l'identité de ce pays est complètement dévasté par la tournure des évènements. Après les  luttes et les guerres sanglantes contre les différents envahisseurs, voilà que les Algériens se font la guerre entre eux. Une situation compliquée et complexe qui a provoqué des deuils, des exodes, des pauvretés et des humiliations multiples. La présentation de l'auteur-comédien a été intercalée par des chants patriotiques et surtout par des couplets du chanteur kabyle Lounis Ait Menguellet. Et l'auteur de conclure : "  Mon grand-père est une douleur qui ne s'apaise jamais "

Slimane Benaissa a réussi le temps d'une heure à faire voyager les Algériens dans leur passé récent et lointain. Il l'a même séduit comme toujours par son talent de comédien sobre et drôle en même temps. En effet, son verbe parfois dur et parfois drôle a su toucher les plus insensibles des compatriotes quant à la question de l'Amazighité et de la démocratie. Et si les Algériens commençaient à se connaître et à s'aimer …À méditer…

Un gala réussi à tous les égards

Pour finir, Club Avenir a réussi son évènement  sur tous plans. Les ainés, même s'ils tirent les ficelles dans les coulisses, ont mis en avant des jeunes pour gérer toute l'activité. Aussi, le gala d'excellence a été honoré par la présence de l'un des géants du théâtre algérien en l'occurrence Slimane Benaissa qui est également comédien. D'ailleurs un souper-bénéfice a été organisé le 1er novembre en sa présence. Il a le talent et la sagesse de rassembler ses compatriotes autour de l'essentiel. Cependant, cet essentiel commence par l'identité : "  Il faut savoir d'où on vient pour savoir où on va ", dira-il.


Djamila Addar

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