Slimane Benaissa est arrivé à Montréal


Djeddi d Amazigh
Moi aussi!

« Mon grand-père, s’il parle, il fait sourire, s’il se tait, il fait pleurer. Mon grand père en a vu de toutes les couleurs ». Tel est le fil conducteur de la fameuse pièce de théâtre Babor Ghraq (Le bateau a coulé) du dramaturge algérien Slimane Benaissa.

Dans un arabe algérien hautement maîtrisé, M. Benaissa renvoie l’Algérie et les Algériens au cœur de leur mémoire, de leur identité et de tous les drames qu’ils ont subis depuis des milliers d’années et qu’ils continuent malheureusement à subir même après le départ du dernier envahisseur français : «  Il est important que je sache d’où je viens pour savoir où je vais », dira-t-il à un journaliste algérien en 2008. Dans cette pièce qui suit l’actualité de son pays, Benaissa rajoute : «  Nous appelions à la reconnaissance de Tamazight, ils nous accusèrent de racisme. Nous réclamions la démocratie, ils nous accusèrent de séparatisme». Ces siècles de déni identitaire, d’oppression et de douleurs qu’ont endurés les descendants de Massinissa pèsent terriblement sur les reins de l’auteur : «   Mon grand-père est une douleur qui ne s’apaise jamais. Ceci est donc l’histoire de mon grand-père et vous voulez que je la sacrifie ?» Comment voulez-vous que je renie mes racines? «  Cette histoire est aussi la mienne ».  Et je n’aspire qu’à demeurer moi-même. Que Dieu maudisse tous ceux qui n'ont pour nous que haine! ».

Ces quelques extraits sont  une sorte de mise en contexte à la pièce El Moujat Welat ( La vague est de retour ) que Benaissa jouera le 3 novembre à 19h au Gesù de Montréal lors de la remise des prix d’excellence de la Fondation Club Avenir aux lauréats qui se sont démarqués au seins de la communauté nord-africaine.

Interviewé ce mercredi par l’émission de Mourad Mhamli et de Madjid Benbelkacem ‘’ Les Rencontres Berbères’’ de radio Centre-Ville, Benaissa dira : « Babor Ghraq était une analyse de l’époque du parti unique. C’était une pièce évènement  dans laquelle le peuple a retrouvé un discours qu’il attendait. Avec la pièce El Moujat Welat, on trouve une autre démarche, même si dans le style d’écriture on retrouvera l’esprit de Babor Ghraq dans la mesure que c’est le même auteur. Après dix ans d’exil, je me suis dit que les évènements en Algérie ont été tellement saucissonnés qu’on a l’impression que chaque évènement efface l’autre. Donc, j’ai essayé de refaire une synthèse historique depuis 1945 jusqu’à aujourd’hui sans délaisser  et sans négliger aucun évènement quel qu’il soit jusqu’à l’arrivée du président actuel. J’ai fait en quelque sorte un lien historique avec et entre tous les évènements. Je crois qu’il est important pour le peuple algérien et la société algérienne de reconstruire notre histoire avec ce qu’elle a de glorieux, de magnifique, de triste et d’heureux. Aussi, je crois qu’on ne peut pas trier dans l’histoire. Il s’agit de construire la mémoire du peuple algérien avec ses douleurs, ses joies, ses réussites et ses échecs. En ce moment, il n’y a pas de parole sociale. Il y a le silence social. Et ce silence social, on ne sait pas ce qu’il couve. Donc, il est très important que la société ait la parole. À partir de là, on essayera de construire, de faire des choses tous ensemble ».

Cet extrait n’est qu’une goute d’un océan d’idées du dramaturge Slimane Benaissa. Il faut voir et lire ses œuvres, l’écouter et parler avec lui pour découvrir le génie qui émane de ses yeux, de ses paroles et de son âme et de celle de son grand-père.

Rendez-vous au Gesù le 3 novembre à 19H!

Djamila Addar

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