Vivement poésie !


Vivement poésie !
''Vivement poésie'' est un évènement mensuel voué à la lecture de la poésie. Ce dimanche 7 octobre, Fulgence, l'organisateur, a présenté à une assistante nombreuse toute une fourchette d'artistes venus lire leur poème, échanger avec le public et découvrir d'autres artistes épris de la poésie. C'était au Gainzbar.

 

L'ère de la technologie a éloigné les humains des activités de communication de proximité qui datent des millénaires. À commencer par les contes racontés notamment par les grands-parents aux enfants autour de la cheminée en passant par la lecture des livres avec des modestes bougies une fois les habitants de la ville ou village dormaient sans oublier les fameuses rencontres littéraires du temps des Lumières dans lesquelles on découvre des talents et des échanges parfois corsés entre les génies de la création dont le seul soucis est de faire avancer les idées dans le respect de la divergence. Rares sont donc ces moments de nos jours devant les talk-shows et les émissions de téléréalité qui abrutissent les gens au lieu de les éclairer. Pis encore, les médias de notre époque, notamment la télévision, ont plutôt rabaissé l'humain et lui ont fait perdre sa dignité, ce plus grand capital qui fait sa personnalité. Tout cela avec la bénédiction des capitaux soucieux du gain facile et des publicités à outrance. Ces dernières font vivre les médias dirait-on. Cependant, cette perception les a fait dévier de leur mission éducative. En somme, ils n'ont pas réussi à être le prolongement du livre et des débats d'idée d'autrefois.

Gainzbar : un espace pour la lecture de la poésie

C'est en  2010 que Fulgence Bla, natif de la Côte d'Ivoire, a crée cet évènement de lecture de la poésie qui se déroule chaque premier dimanche de chaque mois à Montréal. Fulgence, qui a transité par l'Allemagne et la Suisse avant d'atterrir à Montréal en 2004, est tout simplement subjugué par la lecture et surtout la poésie. Il aime entendre lire les poèmes des créateurs, il aime les voir lire de vive voix leurs poèmes, il aime les entendre donner vie à leurs émotions devant un public aussi amoureux que lui de cette discipline magnifique qui berce les cœurs et qui libère des blessures. Pourquoi avoir crée cet évènement culturel ? Fulgence répond : « C'est une manière de promouvoir la poésie, de la démocratiser voire de la démystifier ». Il rajoute aussi que cet évènement ne pourrait avoir lieu sans l'apport de son unique sponsor ''Le Gainzbar''. Situé sur la rue Saint-Hubert à Montréal, cet endroit, en plus de mettre à la disposition de cette manifestation culturelle la salle gratuitement, il prend également en charge son site Internet. Qui dit mieux ?

Le premier dimanche d'octobre

C'est l'automne à Montréal. Les arbres aux milles couleurs commencent à perdre graduellement leurs feuilles. Aussi, le froid se pointe à l'horizon et le Québec se démène dans des scandales financiers à n'en plus finir. Les symptômes d'une dépression collective s'annoncent en vrac, même si le spectre de la colère étudiante vient d'être canalisée par Pauline Marois. Faudrait-il pour autant  baisser les bras et se laisser emporter par le désespoir ?  La réponse est non, car il y a toujours quelqu'un quelque part qui arrive à contourner les forces du mal pour apporter  de l'espoir et  du réconfort aux âmes sensibles. C'est ce qui s'est passé ce dimanche 7 octobre au Gainzbar. La salle était pleine à craquer. La fourchette des invités était soigneusement choisie. Flugence Bla a fait appel cette fois-ci à Gary Klang, Danielle Godin, Karim Akouche, Jenny Cadot, Danielle Courtemanche, Jean-Yves Metellus.

Les créateurs à la barre !

L'évènement a été inauguré par Karim Akouche qui venait de lancer son dernier livre'' Allah au pays des enfants perdus'' et sa maison d'édition Nord-Sud. À l'instar des Kabyles et même des Berbères d'Algérie, Karim Akouche porte en lui cette douleur d'être brimé dans ce que l'être a de plus cher : son identité et sa culture. Lors de la lecture de quelques extraits de son livre, Karim a mis en évidence cette blessure et les répercussions de la tyrannie qui s'abattent sur les petites gens. Ses personnages échangent sur l'identité, l'exil, la mémoire et la mauvaise gestion de leur pays : "  …Fuir est une nécessité, mon ami. Nous n'avons les pieds que pour errer et les mains que pour porter nos valises. Nous ne sommes ni lâches ni braves…Ce pays est grand par son histoire, mais tristement petit par sa mémoire. Il cherche sa voie et risque de mettre des siècles à la trouver… ". Alors, faudrait-il tourner la page ? Non, il faut l'arracher, dirait l'un des personnages. Loin de toutes les formes de violence, Karim a opté pour la réussite pour tenir tête à l'oppresseur.

Après Karim l'écrivain, C'est autour  de Jenny Cadot  d'exposer par ses vers  sa philosophie sur l'amour sain, les souvenirs et l'oubli. Sophie quant à elle, son message s'adressaient aux lecteurs auxquels elle mentait souvent pour ne pas dire tout le temps : "  Pour toi qui me lis, je t'ai menti ", dira-t-elle. Dans ses poèmes, elle prône le courage, le combat et l'espoir, mais au fond, elle-même, elle ne les a pas, car sa propre vie est ''fausse''.  Danielle Godin de son côté, elle a excellé dans la lecture, les émotions et la gestuelle pour rendre à l'assistance l'univers sublime, mais embrouillé de Soledad pour conclure ainsi : " Dans la source des alouettes, lave ton corps et laisse reposer ton cœur ". Elle sera relayée par Jean Yves Metelus qui a ému le public par sa lecture d'un poème qu'il a dédié à sa fille qui vit encore en Haïti avec sa mère : " …Toutes les morsures de mon âme te seront  épargnées…Pour toi, je gagnerai les montagnes… ". Sylvain Gerald, poète et comédien a donné une touche drôle et improvisée à l'évènement. Impressionné par la mémoire de celui qui l'a précédé, il admet qu'il n'a pas réussi à apprendre par cœur son poème. Il préfère plutôt que d'autres voix lisent ses œuvres. Ceci étant clair, il a fait un effort de lire son poème sur l'actualité pas vraiment réjouissante des affaires publiques de sa Cité. En gros, il dénonce les dirigeants qui pigent dans les caisses des institutions, qui décident unilatéralement de l'avenir du royaume, qui manœuvrent avec des grands contrats pour détourner l'argent du peuple. Et soudain, le roi fut abandonné par la mafia.  Sera suivi par Danielle Courtemanche qui a magistralement rendu toutes les émotions de ses poèmes : " L'amant s'en va en guerre…l'azur dessine nos regards…couleurs d'enchantement… ", " Mon pays, quand il te parle, tu n'entends rien tellement c'est loin !...Dans mon pays, les gens se taisent …et se croupirent dans les dures semaines… ". Elle a également lu les poèmes de Raymond Chassagne, 88 ans, qui traitaient entre autre de la solitude et des tracas de la vie : " …Subir la vie… Survivre à la folie…Quand la foule perd la tête…le poète est livré à l'oubli ". Le dernier n'est autre que le grand Gary Klang qui est revenu de Trois-Rivières où il a participé au Festival International de la Poésie pour assister au lancement du livre et de la maison d'édition de Karim Akouche, son ami avant de s'envoler en Colombie : "  La poésie me fait voyager…Les mots sont fatigués mes frères…ils divisent…ils nous blessent…Rarement ils nous consolent…Tout sourire est une quête de pouvoir…L'homme fait le mal pour le mal… ", Conclut-il.

La soirée a pris fin avec des chants et des musiques douces voire berçantes interprétés par Sophie Drouin sous la direction du pianiste Pascal Bouchard. Fulgence met l'accent sur l'apport de son ami pianiste dans les succès de cet évènement mensuel : « Pascal Bouchard est avec moi depuis presque le début de Vivement Poésie. Il accompagne les invités. Il est talentueux. Il faut souligner que ce n'est pas tous les pianistes qui peuvent accompagner les poètes et lecteurs! ».

 Cet évènement est un cocktail d'émotions et de messages pertinents. Au-delà du fait d'entendre les extraits de ces œuvres magnifiques issues de toutes les origines qui composent Montréal, cette initiative interpelle les mordus de la poésie et incite les acteurs de l'univers culturel à vulgariser davantage cette discipline. À méditer…


Djamila Addar

 

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