L'Algérie et ses cultures


Fondation Club AvenirL'Algérie et sa culture. Tel est donc le thème de la semaine culturelle internationale organisée en ce début du mois d'octobre 2012 par la Fondation Club Avenir (FCA)  en partenariat avec HEC Montréal.

Au programme riche et diversifié, à l'image de toutes les cultures qui composent l'Algérie, il y avait des projections de films et documentaires, des expositions de peintures et de livres et enfin, des conférences et un spectacle de musique assuré par la troupe Assala qui alternait entre chansons arabophones et berbérophones.

La fondation compte également au début du mois de novembre prochain récompenser les membres de la communauté nord-africaine en particulier algérienne  qui se sont démarqués par leur savoir-faire ou leur compétence. Une reconnaissance qui aura lieu au Gesù en présence du grand dramaturge algérien Slimane Benaissa.

Dire l'Algérie en images
 
Trois projections ont accroché le public. La première a fait voyager l'assistance dans le monde des légendes algériennes qui a bercé l'enfance des millions de personnes à travers les siècles. Des légendes qui ont su inculquer aux enfants à poser des gestes hautement humains, à vaincre, une fois grands, le mal par la compassion et la générosité. Réalisé par  Daniel Bertolini et Belkacem Bazi  de Via le monde et produit par Radio Canada, ''Ameur le bon'' est une légende qui a été tournée dans un petit village du nord d'Algérie. Ce conte touchant met en valeur le bien, la bonté et la générosité d'un enfant meilleur et plus travaillant que son père. Ce dernier, paresseux de son état, a même échangé son petit garçon contre une richesse rapide. Ce qui a scandalisé  les habitants du village au point de rejeter le père indigne. Ameur le bon a fini par récupérer son petit frère des forces du mal et le père, isolé par ses semblables, est parti se purifier dans les bras des chutes d'eau naturelles. La morale de l'histoire : la richesse ne peut venir que du vrai travail intègre et la plus grande richesse est surtout dans la cellule familiale qu'il ne faut jamais vendre au plus offrant.  La seconde projection  a été consacrée à ''La langue de Zahra'' de Fatima Sissani : le Kabyle. Grâce à un scénario bien ficelé et surtout à un montage magnifique, Fatima a su immortaliser la loyauté de sa mère envers sa langue maternelle : tamazight. Mieux que cela, malgré le fait qu'elle ait été contrainte par son mari à émigrer en France, Zahra a réussi à inculquer la langue kabyle et ses valeurs à ses enfants. Ces derniers qui croyaient quand ils étaient très jeunes que leur  mère était inculte, ont fini par comprendre qu'elle est  plutôt d'une grande culture. Une mère aimante et toujours attachée à ses racines kabyles et algériennes. La réalisatrice insiste sur le fait que ce documentaire est un hommage aux femmes de la première génération d'émigrants algériens en France. Au-delà donc de cet objectif initial, on pourrait dire que qu'il est  également un hymne à la langue amazighe, la première langue d'Afrique du Nord qui n'a pas encore la place qui lui revient dans les institutions et dans la vie publique de son propre territoire. Quant à la dernière projection ''Tours et détours sur les traces de René Vautier'', elle a été perçue comme un hommage à René Vautier, ce réalisateur français qui a su immortaliser des moments cruciaux de la guerre de libération algérienne menée par le FLN contre la France coloniale. Deux jeunes filles en l'occurrence Oriane Brun-Monschetti et Leila Mourouche, ont accompagné Vautier lors de son périple en 2004 en Algérie. Il a revisité des endroits qui lui sont chers, mais aussi rencontré des jeunes Algériens avec lesquels il a échangé sa perception du cinéma et l'importance voire la force de l'image dans n'importe combat. C'était aussi une occasion de découvrir la genèse du cinéma algérien et le drame qui le fait régresser ces 25 dernières années.  Ces trois documentaires invitent à la réflexion et surtout à l'action pour ne pas laisser le terrain aux charognards et aux extrémistes religieux notamment.

Dire  l'Algérie en musique

Cette semaine culturelle, qualifié de succès par  le vice-président de FCA M. Bachir Halimi, a été clôturée par la troupe de musique Assala. Habillés en tenues traditionnelles,  les artistes ont fait voyager l'assistance aux quatre coins d'Algérie. Le chanteur du groupe, admirablement bilingue, a alterné entre des chants arabophones et berbères. Ce qui a fait le bonheur des présents. Les jeunes filles en robes kabyles aux couleurs vives ont apporté une touche d'espoir à cette identité algérienne malmenée par les partisans du panarabisme à outrance.

Slimane Benaissa et le gala de l'excellence.

Le 3 novembre prochain au Gesù, Club Avenir compte honorer les lauréats choisis pour cette 9ème édition en présence d'un invité de marque : le dramaturge algérien Slimane Benaissa, connu par les Algériens  pour sa pièce Babor Ghraq (Le bateau a coulé) et découvert par les Québécois pour ses pièces ''Prophètes sans Dieu'' et '' Mémoires à la dérive''. Juste après la remise des prix d'excellence, Benaissa présentera sa pièce ''El Mouja Welat'' (La vague est de retour).  Cette activité sera précédée par un souper-bénéfice le 1er novembre à la salle Le Cristal au 5285 Henri Bourassa ouest. Lors de cet évènement qui va célébrer également le 50ème anniversaire de l'indépendance de l'Algérie, il y aura une table ronde autour du théâtre algérien. « Slimane Benaissa échangera avec les présents sur cette discipline artistique, sur ses œuvres et son parcours », dira Sara Nacer, directrice de la fondation du Club Avenir. La contribution des présents aidera la FCA à renflouer ses caisses pour mieux activer. Il est à souligner que toutes les activités de cette semaine culturelle ont été gratuites.


Diriger l'Algérie clandestinement ?


Il y a de ces choses qui choquent, qui scandalisent et qui déboussolent les âmes les plus lucides en Algérie notamment. En effet, on ne sait plus qui fait quoi et qui décide de quoi au sein du pouvoir algérien. Après 50 ans d'indépendance, le pays va très mal. C'est l'échec total dans tous les domaines. Le peuple est outré, humilié et appauvri malgré les richesses que recèle son pays. Les différentes générations d'Algériens ont vu donc leur révolution confisquée, leur histoire lointaine ou récente falsifiée, leur présent bafoué et leur avenir hypothéqué. La colère n'a pas tardé à se manifester, mais sans échos. "  Ils marchent (les manifestants), on les fait marcher ", dirait un autre ex premier ministre. En effet, depuis le soulèvement du FFS en 1963, la Rue n'a pas cessé de crier sa rage et à demander des comptes à un pouvoir opaque et indifférent. Les plus importants soulèvements  se sont donc succédés : avril 1980 en Kabylie et Alger (Le printemps berbère), les évènements de Constantine en 1986, Octobre 1988 en Algérie, juin 2001 (Le printemps noir), mais rien n'a  vraiment changé en bien dans la vie des Algériens. Ce qui a fait dire à un compatriote qui vit à Montréal depuis quelques années ceci : « Parfois, je me surprends à rêver qu'ils se mettent tous d'un coup, involontairement, comme contaminés par un même virus, à travailler, pendant quelques jours seulement, dans l'intérêt de l'Algérie ! Ils se rendront  compte très vite, alors, que ce sera dans leur immense intérêt à eux aussi ! Cependant, je sens que c'est impossible. Alors, je voudrais les inviter tous, disons les 500 plus importants qui dirigent et possèdent, à un grand buffet à la Coupole du 5-Juillet. Je mettrais du cyanure dans le méchoui et je ferais tout péter, moi avec ! Comme ça, un petit chaos et le peuple recommencera à respirer ! Mais ça aussi, ce n'est pas réaliste ! » À notre question s'il serait un terroriste positif, il répond : « Oui, j'aurais la reconnaissance du peuple dans deux générations, des rues à mon nom, des parcs et des stades de foot ! Peut-être même un institut d'histoire voire un musée avec des restes de bouffe empoisonnée et des éclats de bombes !»
 
Sid Ahmed Ghozali et l'ancien premier ministre à Montréal

L'ex premier ministre algérien, Sid Ahmed Ghozali a été l'invité de la Fondation Club Avenir et le HEC pour donner une conférence sur  ''Les difficultés de la construction d'un État''. La Salle qui a abrité l'évènement était pleine et les têtes des présents avaient beaucoup de question à poser à cet homme politique qui a géré plusieurs portefeuilles dans les hautes sphères du pouvoir avant d'être remercié. Malheureusement, le temps ne permettait pas à tout le monde de poser ses questions et surtout à faire des commentaires. Ce qui a contraint également le conférencier  à abréger  sa conférence pour s'ajuster son aux nombreux questionnements de  l'assistance. L'ancien premier ministre a donc parlé des moments cruciaux qu'a connus l'Algérie depuis son indépendance. Selon lui, la période de transition a été marquée par le départ des pieds noirs et des fonctionnaires français. Ce qui a laissé un vide terrible au niveau de la gestion de l'économie et de l'administration. Le peu de cadres algériens a du apprendre sur le tas pour assurer la relève. L'Algérie revenait de très loin, car elle a pratiquement fait démarrer la machine à zéro. Vient ensuite la période de la nationalisation des hydrocarbures. Il insiste sur le fait que cet acte n'avait rien d'idéologique : " Nous étions souverains dans nos bureaux, mais étrangers dans les gisements. Avec la nationalisation, nous avions avec les 51% juste le contrôle "
 
Après la dictature de Boumedienne, un pouvoir opaque

Il a été ministre à 26 ans, mais il préfère de loin son parcours en tant que chef d'entreprise. Il a vite découvert la dérision de cette fonction ministérielle. Il a même démissionné après la chute de Ben Bella. Pour lui, Boumedienne avait le mérite d'afficher la nature de son pouvoir dictatorial et il a aussi servi son peuple. Après la mort de ce dernier, la donne politique a complètement changé et la machine du pouvoir a pris une autre tournure avec un visage non identifié. Et la déscente aux enfers s'est déclenchée au point que l'Algérie était face à une crise multidimensionnelle notamment économique et politique. Elle importait même de la semoule ! Et ce n'est pas tout. La montée de l'extrémisme religieux et la décennie noire a isolé le pays du reste du monde. Elle a été abandonnée même par les pays voisins et les pays arabes ! Le constat d'un échec total dans tous les domaines était assassin. Pourquoi tout cela ? Pour M. Ghozali, le hic réside dans la problématique polotique du pouvoir. La politique a pris le dessus sur le traitement des affaires publiques. Les dirigeants de l'après-Boumedienne  étaient et sont toujours  obsédés par l'idée de garder le pouvoir à tout pris. Même les services de sécurité qui n'avaient pas un grand poids avant sont devenus les maîtres à bord.  Et le bal de la dictature non identifiée a commencé à valser d'une façon la plus archaïque et la plus cruelle. La culture des ordres, le non-respect des lois et l'impunité sont désormais la bible chérie de la nouvelle équipe au pouvoir. Il qualifie cet état de fait de "  prolongement caricatural ". La nouvelle constitution de 1989 n'a pas fait avancer le pays dans le bon sens. Elle a même enfanté une opposition de façade et brimé la vraie.

Les Algériens, venus nombreux au HEC, s'attendaient à des grandes révélations sur la gestion de l'État algérien. Point de tel. Ils avaient en face d'eux un homme certes éloquent, mais qui a surtout quitté sa peau pour critiquer son double. Il a dénoncé un système dans lequel il a exercé et qu'il a servi pendant des années avant d'être remercié. Son passage au gouvernement en 1991 était court pour concrétiser ses réformes a-t-il insisté auprès des journalistes de la communauté.

Tamazight et la démocratie: la grande supercherie

Ceux et celles qui avaient associé et continuent à associer le combat de l'amazighité aux libertés démocratiques n'avaient pas et n'ont toujours pas tort. Le printemps berbère de 1980 et le printemps noire de 2001 ont acculé le pouvoir à donner des miettes aux ''berbéristes'' : « Ils ont rajouté tamazight dans la constitution en 2 minutes pour calmer les Kabyles. C'est une manœuvre politicienne », dira-t-il. D'ailleurs et toujours selon lui, le pouvoir perçoit le peuple comme une bande de mineurs, d'entité infantile incapable d'avoir du discernement. Ghozali a déploré le fait que, même après 50 ans d'indépendance, l'Algérie n'a pas réussi à entrer dans l'ère d'un État de droit. À la question de Saliha Abdenbi lui demandant de nommer les responsables de ce chaos, il répond : « Si on personnalise, on tombe dans le piège. La règle du jeu est claire : il y a erreur dans le diagnostic. D'ailleurs, je me demande s'il y a eu une république et si elle est algérienne. Alors, que peut-on faire ?». Dans ce cas,  qui dirige vraiment l'Algérie et qui doit rendre des comptes de cette débâcle spectaculaire ? La question demeure posée…pour l'instant.

 

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