Amazigh Kateb : L'amour et la révolution


" Dans mon jardin pourri fleurit l'espoir "

Amazigh Yacine
L'amour et la révolutionMontréal est très belle en été. Le climat, les festivals et les touristes provoquent une dynamique paradisiaque qui ne laisse personne indifférent. Aussi, même si les spectacles à guichets fermés ne sont pas à la portée de toutes les bourses, les organisateurs d'événements ont consacré une bonne partie des représentations gratuites en plein air.

La colère des étudiants, même si elle continue à se manifester, elle n'a pas pour autant perturbé le déroulement du rituel festivalier. Une sagesse révolutionnaire qui ne voudrait pas ruiner la métropole québécoise en ce 2012, diraient certains observateurs. Ceci étant dit et selon nos sources, la révolution de l'érable reprendra son rythme de croisière à la rentrée. C'est dans cette ambiance festive et contestataire que la 26ème édition du Festival Nuits d'Afrique bat son plein. Cette édition a été dédiée à la mémoire de Chantale Joly, l'animatrice de radio Canada qui nous a quittés cet hiver. Son fils est venu spécialement pour rendre hommage à sa mère, cette " maudite française " amoureuse des musiques du monde.

Le programme du festival est riche en couleurs de l'Afrique. L'Algérie, comme à l'accoutumée a eu sa part de lion. En effet,  Gnawa Diffusion et Syncop au Métropolis, Bernbanya  au Balatou et Faudel à l'Olympia ont chanté ou chanteront les sonorités de ce pays qu'ils portent en eux même en exil et surtout en exil. Ce 11 juillet 2012, c'était au tour de Syncop et de Amazigh Kateb avec son groupe Gnawa de faire vibrer le Métropolis de Montréal. La salle était archicomble. Les organisateurs ne pouvaient qu'être comblés d'avoir réussi leur évènement à tous les points de vue.

Syncop : différents, mais tous pareils

Syncop : différents, mais tous pareilsIl est 20 h quand Karim Benzaid et son groupe Syncop font leur entrée. Karim était à son meilleur. Il a salué le public en français, en arabe et en berbère. Le courant avec un public de toutes les origines a été aussi rapide qu'un éclair. Il incarne à lui seul une jeunesse en exil certes, mais très imprégnée de ses racines tout en étant ouverte sur les autres cultures du monde. Son orchestre, composé de plusieurs origines, n'a pas peur de mélanger les styles de musique. Après avoir invité un musicien sénégalais qui a agrémenté la soirée avec les sons de sa Cora, Karim emporte tout le monde au pays de ses ancêtres : « Je vous emmène où j'ai grandi, là où il neige, mais pas comme ici, au pays des Chaouis (Berbères des Aurès) » Il a chanté des titres de son dernier album ''Sirocco d'érable''. Parmi ces derniers ''La cabane à souk''. Il a dressé un tableau de cet endroit algérien où les toutes les classes sociales se retrouvent une fois par semaine pour faire leurs emplettes : « C'est un espace où on peut percevoir " le égal à égal », souligna-t-il. Il a également repris sa fameuse chanson ''Né sous le soleil, différents, mais tous pareils''. Un titre qui en dit long sur le cri d'une génération qui croit au métissage, au fait de vivre ensemble dans la diversité et dans le respect des différences au Québec. Karim remercie enfin le public qui est indispensable pour tous les artistes créateurs.

Amazigh Kateb : le rouge révolutionnaire

Arrive enfin le moment tant attendu par un public connaisseur et amoureux de la musique Gnawa, cette musique du Sahara nord-africain  « où se mêlent à la fois des apports africains et arabo-berbères et pendant lequel des adeptes s'adonnent à la pratique de la transe à des fins thérapeutiques ». Amazigh Kateb entre sur scène avec une tenue préférée des étudiants marginaux et militants. Dès son apparition, il affiche son soutien aux étudiants du Québec en accrochant le fameux carré rouge sur son tee-shirt : «  Je soutiens toutes les dynamiques révolutionnaires », dira-t-il.  Avec son Guembri et sa voix puissante, il chante seul pendant quelques minutes avant que ses musiciens ne le rejoignent. Commence alors, une complicité magique entre l'artiste et l'assistance. Cette dernière danse, chante et scande des drapeaux algériens. On dirait que tout se passait au stade du 5 juillet au cœur d'Alger. C'était féerique!  Tout le monde a donc plongé dans l'univers engagé et artistique de Amazigh Kateb.

Amazigh a chanté l'amour '' Bomba Malika'', la contestation, les révolutions de tous les peuples. Il a dénoncé les systèmes qui exploitent les plus démunis et qui bousillent l'harmonie humaine. Il a également chanté l'exil et ses déboires : «  Toi l'étranger, quand tu mourras… ». La scène est surchauffée, Amazigh chante en s'amusant, en communiquant intelligemment et naturellement avec ses fans. Il les a même aspergés d'eau de source pour les rafraîchir tout en sachant que l'air climatisé a bien fait sa part. Pendant deux heures, le groupe Gnawa a égayé la soirée par des sonorités magnifique rendues par des instruments de musique hautement maîtrisés. Les sons des qarqabous ont donné une touche du sud algérien au travail de l'orchestre.

La dernière heure, le fils de Kateb Yacine l'a consacrée aux mélodies plus calmes qui alternaient entre le français, l'arabe et l'anglais. '' Je voudrais être un fauteuil'', cette chanson crue, mais sublime a fait des heureux au Métropolis. Aussi,  c'est pendant cette partie de la soirée qu'il a le plus parlé de ce qui le ronge en tant que citoyen du monde. Il dénonce la grande arnaque des superpuissances en Afrique notamment : «  Je dédie ce moment au peuple malien qui subit tout un complot dont le seul objectif est de pomper ses richesses ". Quant à l'AQMI du Maghreb, il résume sa pensée en image : "  El Quaida veut dire assis et son opposé c'est Waqifa (debout). Et vous, vous êtes debout! ». Amazigh n'a pas oublié de dénoncer ceux qui ont profané voire détruit les mausolées de l'Azawad qui sont classés comme patrimoine mondial par l'UNESCO.

Ce spectacle mémorable qui a pris fin vers minuit a été extraordinaire et généreux. Les gens ont eu non seulement pour leur argent, mais aussi ils ont savouré chaque minute auprès de leur idole. Cet évènement a également rassemblé tous ces Algériens épris de leur patrie, de l'espoir de voir un jour leur pays tourner vers le présent et l'avenir pour le grand bonheur de ses enfants. Ces moments ont renvoyé plus d'un à ce passé récent où on faisait la file au TNA pour voir des pièces de théâtre, à la cinémathèque d'Alger pour voir un film d'auteur, au Mouggar pour voir Slimane Benaissa et en débattre par la suite. Sacrée nostalgie quand tu nous tiens!

Djamila Addar



Bonjour ma vie

 

 

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