Hommage hautement artistique du CAM pour Matoub Lounès

Pour Matoub Lounès

Hommage hautement artistique du CAM Pour Matoub Lounès C'est au centre Africa de Montréal que le Centre Amazigh de Montréal (CAM) a rendu hommage à Matoub Lounès en ce 23 juin 2012. Au programme, des chants de Matoub rendus par Nacer Djennadi, Zahia Belaid et Mohand Laid, une projection de la pièce de théâtre ''Tacbaylit'' de Mohya.

 Filmée à la maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou, celle-ci a été suivie d' un débat émouvant et enrichissant sur  deux grands génies de la culture amazighe Matoub et Mohya et sur le théâtre amazigh animé par deux comédiens qui faisaient partie de la troupe Imsebridan ( les passagers)  qui a laissé ses lettres de noblesse dans ce domaine à l'université et dans tous les villages de la Kabylie qu'elle a sillonnés depuis la fin des années 1980.

Une pensée particulière pour Omar Zeggane


Vers 19h30, l'activité, animée par Lyazid Laliam, a commencé par une minute de silence à la mémoire de Matoub Lounès et de Omar Zeggane qui nous a quittés en ce début du mois. Omar, comme l'a souligné Lyazid est un grand militant de tous les combats. Il mérite donc toutes les reconnaissances et tous les honneurs. Lhacène Ziani, artiste et ministre de la culture du Gouvernement provisoire du MAK, et surtout ami et compagnon de lutte de Omar, a résumé ainsi le profil de ce grand homme le jour même de son décès : « Je suis atterré par le triste départ de mon ami Omar Zeggane. Il a succombé, tôt ce matin à l'âge de 57 ans, à sa maladie après y avoir lutté héroïquement. Il est arrivé à Montréal en 2004 avec sa famille et a exercé brillamment en qualité de professeur en mathématiques.  Il fut un ami de longue date et un collègue sur les bancs des études  en mathématiques. Il fut à mes côtés avec Ali Ihadaden pour animer le premier meeting du printemps 80 à l'université centrale d'Alger. Les deux furent arrêtés quelques temps plus tard. Omar fut de toutes les luttes pour les causes justes: Tamazight, les droits de l'homme, le syndicalisme... Je témoigne également qu'il m'a solidement soutenu pour asseoir le MAK à Montréal. Je n'arrive pas encore à surmonter mes émotions pour parler du humble monument que fut Omar. »

Chanter du Matoub pour Matoub

Après ces moments émouvants qui secouent les consciences et qui font réaliser que le temps et les maladies grugent les meilleurs enfants de la culture et du combat amazighs, l'un derrière l'autre, le programme reprend son objectif initial : rendre hommage au chantre de la chanson kabyle arraché à la fleur de l'a?e par des balles assassines en 1998 en plein cœur de sa Kabylie natale. En effet, après 14 ans, la mémoire kabyle et amazighe n'arrive pas encore à faire le deuil du crime ignoble qui l'a poignardée dans le dos chez elle. Donc, des artistes se sont relayés pour chanter Matoub. D'abord Nacer Djennadi accompagné par son orchestre El Ankaouia. Ensuite Zahia et enfin Moh Laid. Le public assez nombreux écoutait religieusement ces artistes et parfois chantait simultanément certains refrains de Lounès.

L'ombre de Mohya grâce à Matoub

Mohya, ce monstre de l'adaptation artistique a habité l'assistance du début à la fin de l'hommage. Après la projection de la pièce de théâtre Tacbalit que Mohya a adapté de ( La Jarre de Luigi Pirandello), un débat s'en est suivi. Modéré par Lyazid laliam, cette table ronde a été animée par  Lhacène Ziani et deux comédiens de la troupe Imsebridan  Ali Benbouabdellah et Yahia Hider qui vivent à Montréal depuis quelques temps.  Il faut dire que ces trois artistes connaissent tellement Mohya qu'ils ont charmé et nourri l'assistance de beaucoup d'informations et surtout transmis un peu du génie du dramaturge kabyle. Se trouvant en Kabylie à l'occasion d'un évènement artistique, Kateb Yacine dira à propos de Mohya, selon Yahia Hider : «  Mohya a réalisé une œuvre titanesque. Vous avez un génie. Je regrette de ne pas l'avoir connu plus tôt ». Ce qui a incité le président du CAM, Kamel Serbouh, à questionner les animateurs sur les causes de la méconnaissance de Mohya par le grand publique et sur le secret de la popularité de Matoub. Les réponses à cette question sont approximatives vu la spécificité de chaque artiste et de chaque art. D'ailleurs, M. Ziani dira à ce sujet : «  Il ne faut pas comparer les artistes. Mohya est resté cartésien dans sa façon de composer ou d'adapter des œuvres. On ne pourra jamais trouver une ombre de remplissage. Chaque mot est amplement pesé voire mathématiquement recherché. Il y a donc, plusieurs  niveaux de lecture de ses productions. En poésie, il a été très original. La chanson populaire, par contre, elle a un seul niveau de lecture. Son message est simple et clair. »

Yahia Hider de son côté, après avoir précisé que toutes les œuvres de Mohya sont des adaptation à l'exception de quelques poèmes, soulignera que : « Mohya a fait parler des œuvres universelles en Kabyle ». Même si Mohya n'est pas très connu du grand public comme Matoub, ses critiques parfois dures ont fait le tour de la famille artistique et universitaire. Il a été très critique envers des artistes et envers son propre peuple. Pourquoi ? Yahia Hider, l'un des admirateurs de l'artiste dira : « On ne peut pas répondre à sa place. Le seul qu'il a épargné, c'est Slimane Azem. Il a même écrit quelque chose sur lui. En effet, il a critiqué durement presque tout le monde, mais paradoxalement, c'est tout le monde qui l'admire et qui l'aime ». Un membre de l'assistance tentera à sa manière de trouver une explication à l'attitude de Mohya: « Peut-être qu'il voulait juste éveiller ou secouer les consciences des siens ». En tout cas, grâce à la création de Mohya et à la détermination des étudiants de l'université de Tizi-Ouzou, le théâtre en Kabyle a vu le jour. Il a sillonné les villages de la Kabylie. Il a secoué les mentalités rétrogrades. Il a surtoutt défié la censure du parti unique. Les Kabyles ont adoré les œuvres et les jeux des artistes. À la moindre censure, ils occupent la rue pour que le spectacle ait lieu. Mieux que cela, le personnage principal de Tacbaylit étant autoritaire et despote, le public s'est vu comme par magie dans le miroir. Ali Benbouaadellah raconte une anecdote qu'ils ont vécue à Tigzirt : « À la fin du spectacle à Tigzirt, les spectateurs ont critiqué sévèrement la tyrannie du personnage principal Djeddi Brahim que j'incarnais. Alors, une comédienne leur a dit qu'il n y avait que ce personnage qui l'est : « Où sont vos femmes ? ». Effectivement, il n y avait que des hommes dans la salle. Ce qui s'est passé après était génial. On nous a demandé de rejouer la pièce le soir et la salle a été peuplée de femmes de tous les âges ».

Le théâtre amazigh à Montréal.

La soirée a pris fin avec cet espoir que les comédiens de la troupe Imsebridan reprennent les activités à Montréal et donneront un souffle au théâtre amazigh. Depuis quelques années, c'est la troupe de théâtre de Gatineau qui venait égayer les soirée des Kabyles de Montréal. Peut-être qu'il est temps pour que Montréal ait son propre théâtre en Tamazight.

Requiem pour Matoub de la Traversée

Parallèlement à l'activité du CAM, nous avons rencontré Karim Akouche, l'organisateur d'un autre hommage à Matoub le 30 juin prochain au conservatoire de la musique de Montréal. « Requiem pour Matoub, dira Karim, est pour célébrer les idéaux, le combat et la grandeur de Matoub. Lounès était une légende en son vivant, il est devenu un mythe après sa mort. Pour moi, Matoub est un prophète et son œuvre est un livre saint ».  Mieux que cela, Karim expliquera le concept de cet évènement : « Cet hommage est pour inscrire l'œuvre de Lounès dans l'universalité en dehors de tout folklore péjoratif ». Donc, au programme, il y aura des chants, de la poésie et une projection d'un film sur la vie et l'œuvre de Matoub. À voir absolument !

Djamila Addar

le Centre Amazigh de Montréal (CAM) a rendu hommage à Matoub Lounès en ce 23 juin 2012

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