Ait Menguellet à l'Olympia de Montréal

« Chaque artiste est unique »

Ait Menguellet à l'Olympia de Montréal «Chaque artiste est unique»Le spectacle de Ait Menguellet était bel et bien le grand évènement qu'a abrité l'Olympia au centre-ville de Montréal. Un évènement qui a fait sortir des centaines de Kabyles de leurs tanières ou de leur cachette.

 

La rue Sainte-Catherine était donc peuplée de Kabyles, hommes et femmes qui se parlaient, qui se sont retrouvés, pour certains, presque 10 ans plus tard. Aussi, cet évènement précède une grande manifestion des étudiants du Québec le lendemain pour dénoncer les mesures politiques drastiques que leur impose le gouvernement libéral depuis plus de trois mois déjà. Cette rage de la jeunesse québécoise et sa détermination de faire changer les choses dans son pays nous renvoient à la fougue et à l'engagement des jeunes kabyles de 1980. Ces derniers avaient non seulement brisé les murs de la peur, mais ont réussi à ébranler les postulats que l'Algérie de la pensée unique a imposés aux Algériens en général et aux Berbères en particulier. Désormais, le pouvoir panarabiste se voit contraint à revoir sa perception de ce qu'est sa société dans sa pluralité linguistique et identitaire.

 

Ait Menguellet à l'Olympia de Montréal «Chaque artiste est unique»

 

Il est donc 20h. Les admirateurs de Ait Menguellet étaient au rendez-vous, cette fois-ci sans leurs enfants. Connaissant relativement le paysage sociologique kabyle de Montréal, on a pu constater que toutes les tendances étaient présentes. Point de politique ce soir. Les gens sont venus voir Lounis, l'artiste qui a bercé leur jeunesse par sa poésie surtout.  Après une brève présentation de la part de Arab Sekhi, Ait Menguellet entre sur scène. Le public qui s'était mis debout en l'applaudissant  était aux anges. C'était un moment émouvant qui a visiblement touché Lounis. Ce dernier, après avoir salué l'assistance, a tenu à remercier Nabil de Jet Set Montréal qui a organisé son spectacle : « Nabil est jeune, mais grand par ses idées et son savoir-faire », dira-t-il. À son public, il soulignera l'importance de cette proximité récente avec l'Amérique du Nord : « Le Canada est un pays lointain, mais grâce à votre présence en son sein et à tout ce vous faites pour notre culture ici, il est devenu très proche » Et pour détendre l'atmosphère davantage avant de faire parler sa guitare, Ait Menguellet précisera qu'il n'a pas l'habitude de trop parler sur scène : « Ceux qui le savent, ce soir j'ai battu le record ».

C'est parti !

 

Ait Menguellet à l'Olympia de Montréal «Chaque artiste est unique»


Le parterre et le balcon de l'Olympia étaient pleins à craquer. Farid Ouahmed, l'ami de 40 ans et coordinateur artistique de l'artiste veillait à ce que l'artiste ne soit pas perturbé par quoi que ce soit. L'orchestre, dirigé par son fils Djaafar qui est également au synthétiseur, est composé de Malik Kerrouche à la guitare, de Hamadi Ait Idir au Djembi, de Mokrane Adlani au violent, et de Djamel Hamitèche à la percussion.Tout le monde attendait le début du spectacle.  Lounis, toujours fidèle à sa  position devant le micro et  sa guitare, entame ses chansons sous une pluie d'applaudissements du public. Il a commencé avec la chanson sur l'exil ''si zik nettruhu anda nebgha ad neddu''. Ensuite, il est plongé dans les anciennes chansons d'amour comme anwa ara-s-delmegh (Qui vais-je blâmer ?)ass unejmâ (l'assemblée du village) ; Ayla-m âqli-t (Ton identité). Il a enfin chanté certaines chansons du dernier album tawriqt tacebhant (la page blanche) ; Anef i waman ad lhun.( laisse passer l'orage) ; Awal umehbul ( les parole du fou).  Pour faire plaisir à ses admirateurs, il termine son spectacle avec   aberwaq ( les asphodèles) , ammi ad ttughaled d aqerru ( Mon fils, tu deviendras leader), ttes mazal lhal ( continue à dormir) et ',kec ruh nek ad qqimegh'' ( Toi reste et moi je pars).

Un bonheur inachevé

Il est plus de 23h, Lounis remercie et fait ses adieux à son public. Ce dernier, tout en l'applaudissant réclamait encore des chansons. L'artiste a fait l'effort de chanter encore une autre chanson, mais les gens en voulaient plus : « C'est fou, il a chanté pendant 3 heures, mais on n'a pas senti le temps passer ! », Dira Zahra Abed. Aberahmane soulignera de son côté que : « l'incident de 2000 lors duquel Lounis aurait applaudi Bouteflika était grave, mais il faut qu'on apprenne à pardonner si on veut avancer ». D'autres Kabyles étaient attristés que Lounis n'ait pas rendu hommage aux grands artistes kabyles qui nous ont quittés comme Chérif Kheddam et Matoub Lounès : « Je ne comprends pas pourquoi il n'a rien dit sur eux, sur Matoub Lounès surtout. Matoub a tout donné pour notre combat et notre identité. Nouara et Takfarinas ont salué ces deux monuments de notre culture en ayant une pensée sincère pour eux et même en chantant », dira un artiste visiblement frustré par la froideur de Lounis à cet égard.

 

Ait Menguellet à l'Olympia de Montréal «Chaque artiste est unique»

 

L'ombre de Mourad Mahamli à l'Olympia

Mourad Mahamli était tout enthousiaste d'accueillir Lounis Ait Menguellet à l'Olympia  de Montréal en 2007. Tout a été ficelé pour que l'évènement soit parfait. Les billets étaient vendus. Malheureusement, une semaine avant le spectacle, l'organisateur reçoit un certificat médical  lui annonçant  l'impossibilité de l'artiste de prendre l'avion : « Cet évènement tel qu'il a été présenté par ses organisateurs était notre concept. Ils n'ont rien changé. Ils auraient  pu au moins être plus imaginatifs et choisir une autre salle  plus confortable », soulignera Mourad. Questionné sur cette affaire lors de la conférence de presse, Ait Menguellet dira aux journalistes qu'il était malade et interdit de voyager tout en précisant qu'il ne connaissait l'organisateur. Ce que M. Mahamli dément catégoriquement : « Il me connaît. D'abord, j'ai fait mon mémoire sur la sa chanson engagée de Ait Menguellet. D'ailleurs, je l'ai rencontré plusieurs fois à Tizi-Ouzou, sans oublier l'interview qu'il m'a accordée  et même corrigée pour le compte du journal Horizon au début des années 1990. Ensuite, j'ai entamé les démarches depuis 2005 pour l'inviter à Montréal. Ce projet s'est concrétisé en novembre 2006 en France avec son régisseur Mourad Rahmani. Il a donc accepté notre invitation. En janvier 2007, une nouvelle agente le prend encharge et c'est avec elle qu'on a signé le contrat. On a même versé 30 % du cachet. Une année plus tard, on a appris qu'il n'était plus intéressé de venir à Montréal. Maintenant, nous sommes en justice pour récupérer notre argent ».

Ait Menguellet chez l'association INAS

Au lendemain de son spectacle, Lounis Ait Menguellet a rendu visite à l'association INAS qui s'occupe de l'enseignement de Tamazight à Montréal depuis plus de trois ans. Selon Farid Ouehmed : « Lounis a été ému par cette invitation et par le chant des enfants qu'il a rencontrés. Tout ce qui fait  avancer notre culture le préoccupe au plus haut point ».

Tadukli, l'union

Le spectacle de Lounis était magique. Le public en voulait plus. Cependant, on ne peut pas savourer ces moments en faisant fi des injustices qui ont entouré sa venue à Montréal. L'engouement d'un peuple et le génie d'un artiste ne suffisent pas. Il faut qu'il y ait des valeurs et du respect envers tous ceux et toutes celles qui servent la culture amazighe et la Kabylie. En effet, éjecter l'un des acteurs de la culture et prétendre servir la cause est on ne peut plus une fausse note qui par connaissance de cause en dit long sur les intentions des forces occultes qui tirent le tapis pour mieux briller.  Pour conclure, un peuple sans patrie a besoin de tous ses enfants.

 

Djamila Addar

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