Hommage de Nouara à Chérif Kheddam

Quand une femme kabyle honore un homme

Hommage de Nouara à Chérif Kheddam Quand une femme kabyle honore un hommeTant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir. Et tant qu'il y a du talent, il y a de la qualité. Le déni identitaire, l'exil et la médiocrité n'ont pas réussi à dévier les vrais artistes kabyles de leur trajectoire, de leur mission suprême : entretenir leur culture et leur identité et surtout les rehausser.

Parmi ces ténors de la chanson algérienne d'expression amazighe Chérif Kheddam. Il est à la fois le fils de son village natal et membre à part entière d'une famille artistique professionnelle et perfectionniste. Il a conjugué les chants de Kabylie et le doigté des grands classiques de la musique universelle pour créer une œuvre parfaite. Sur scène, il est maître incontesté. En effet, il est impossible d'imaginer Chérif Kheddam sans l'armada de musiciens qui composent son orchestre. Il est authentiquement kabyle dans son âme et hautement professionnel dans son art. La nouvelle de sa mort a scié ses fans. Ils l'ont pleuré en Kabylie, en Algérie et un peu partout dans le monde. Ils étaient également des milliers à l'accompagner à sa dernière demeure. Le vide qu'il leur a laissé et qui ne cesse de les ronger est franchement terrible. La communauté berbère de Montréal a vécu douloureusement le départ du mæstro et tenait à lui rendre un hommage. Cette mission a été concrétisée par la quatrième édition du Festival culturel nord-africain du journaliste et producteur Mourad Mahamli. Ce dernier a choisi la chanteuse Nouara pour accomplir cette noble mission dans l'une des plus belles salle de la culture de Montréal : le Théâtre Outremont, situé à Outremont. Un théâtre qui a déjà vu passer un grand dramaturge algérien Slimane Ben Aissa avec sa superbe pièce de théâtre '' Prophètes sans Dieu''.

Nouara, la rose  berbère d'Algérie

Qui serait mieux que Nouara pour rendre hommage à Chérif Kheddam?  Il y a certes des artistes kabyles qui pourraient le faire, mais il n'y a que Nouara qui peut le faire. Elle est pratiquement son produit. Il a su exploiter sa superbe voix pour en faire une artiste hors pair. Nouara le voit comme un père et un maître : « Da Chérif m'a appris tout. Il était calme et patient. Quand il est contrarié, au lieu de s'énerver, il change d'endroit », nous dira la diva avant de rajouter : « Je ne suis pas une beauté fatale, mais Dieu m'a doté de la voix que j'aie ». Elle n'a jamais cessé de répéter que c'est grâce à lui qu'elle a plongé dans l'univers de la chanson, même si d'autres artistes comme Madjid Bali, Ben Mohammed lui ont écrit des oeuvres fabuleuses : « C'est Da Chrif qui a remarqué l'importance de ma voix. Dès le début, j'ai chanté avec un grand orchestre ». Nouara est non seulement reconnaissante envers Chérif Kheddam et le défunt Belhanafi qui a cru en elle le premier, mais elle est également admirative devant les qualités humaines et professionnelles de son maître. Par conséquent, sa venue à Montréal pour lui rendre hommage est une façon à elle de lui témoigner ce qu'il représente pour elle et pour la chanson algérienne d'expression kabyle.

Excellente prestation aux couleurs kabyles

La rue Bernard de Westmount était bondée de monde. Une grande affiche est mise en évidence à l'entrée du théâtre Outremont. Les passants n'étaient pas indifférents. Ils ont vu qu'il y a une diva berbère qui va rendre hommage à un grand artiste berbère. Les fans étaient au rendez-vous. Disciplinés, ils comptaient les minutes qui les séparaient d'un spectacle émouvant voire historique. Il était presque 20h quand Nouara est arrivée sur les lieux. La première partie de la soirée a été consacrée, après la lecture de la déclaration hommage à Chérif Kheddam en kabyle et en français,  aux artistes de Montréal comme Salah Ait Gherbi, Zahia et  Rezki Grim, une relève à connaître. Arrive alors le moment que tout le monde attendait depuis presque 40 minutes. Madjid Benbelkacem, qui animait le spectacle, annonce Nouara. Le public qui était aux anges envoyait des messages d'amour et d'admiration à la diva qui le lui rendait très bien : « Moi aussi je vous aime », dira-t-elle en saluant affectueusement ses fans.

Juste après, le portrait de Nouara a été montré à l'assistance. Des tonnerres d'applaudissements fusaient de partout. Cette toile, réalisée par Kamel Benidjer , a été offerte à la chanteuse lors de l'hommage qui lui a été rendu à l'hôtel le Gouverneur le lendemain de son arrivée au Québec. Kamel Benidjer  qui s'est senti privilégié de  vivre ces moments à côté de Nouara dira : « Je ne trouve pas les mots pour exprimer ma joie et mon bonheur de paraître à côté de Nouara. C'est un moment que je n'oublierai jamais.»

L'orchestre est prêt. Nouara aussi. Salem Kerrouche, le chef d'orchestre brise la glace avec sa flûte pour que la diva plonge dans les océans des textes kabyles baignés de mélodies qui bercent les âmes. Durant deux heures et sans entracte, Nouara a chanté ses plus belles chansons. Son accewwig (prélude) a raisonné comme une berceuse millénaire dans une salle silencieuse qui comptait pourtant presque 1000 personnes. Même les bébés buvaient les paroles de l'artiste! Le public était impressionné par sa voix limpide qui a demeuré intacte : " Sa voix n'a pas du tout changé ",  souligne l'un de ses fans.

Pensée pour  Matoub Lounès, le rebelle

Il est toujours dur pour Nouara de parler de Matoub sans émotion : « Je ne suis pas partie me recueillir  sur sa tombe. Pour moi, il est toujours vivant ». Devant presque 1000 personnes, elle a  parlé  avec beaucoup de tendresse de Matoub. Ce dernier a réussi à conquérir son cœur et son âme. En le fréquentant,  elle a découvert un Matoub talentueux, humain, sensible et bourré de projets. Une rencontre qui a fini par donner vie à l'un des meilleurs album de Lounès en 1992 : Hymne à Boudiaf. Depuis, l'amitié n'a jamais cessé de grandir entre les deux artistes au point que Matoub disait : « Si j'avais 20 heures de temps  de communication téléphoniques, 18 heures seraient pour Nouara ». Il aimait parler avec elle de tout et de rien

Amour, satisfaction et frustration

Il est 23h. Nouara, ayant fini de chanter, le public se devait de quitter la salle. Il a certes savouré chaque seconde du passage de Nouara, mais il en voulait plus. Les gens se bousculaient à la sortie du théâtre devant les grands regards des badauds. Des hommes et des femmes se frayaient un chemin pour lui parler, la toucher, prendre des photos avec elle et lui exprimer tout l'amour qu'il lui vouent : « C'est une femme qui a marqué des générations par ses belles chansons et son engagement », dira Mohand  Medkour.

Message de Chérif Kheddam

Dans la foule immense, un monsieur me cherchait pour me transmettre un message de la part de Chérif Kheddam qu'il a rencontré à Paris en 2006. J'avoue que c'était désarçonnant pour moi qui venais juste de lire avec Madjid Benbelkacem une lettre qui lui a été adressée à titre posthume. Étant émue, la seule chose que j'ai comprise du message était que Da Chrif était intéressé de venir chanter à Montréal si ce n'était son état de santé. En effet, je voulais vraiment le ramener à Montréal, mais le destin en a décidé autrement. Les circonstances ont fait que c'est sa muse qui a donné un spectacle en son honneur, pour sa mémoire. On pourrait se demander comment serait le spectacle si Chérif Kheddam, Nouara et son orchestre étaient tous ensemble au théâtre Outremont….Il serait certainement divin.


Djamila Addar

LES IMAGES DU CONCERT DE NOUARA A MONTRÉAL 26 MAI 2012

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