Chaou Abdelkader : la voix qui berce les mélodies


Chaou Abdelkader est un chanteur chaabi algérois originaire de Tigzirt, en grande Kabylie. Il est connu pour sa voix d'or et ses chansons phares Yel Waldin (Ô parents) avec Nadia Benyoucef et Djah Rabbi Ya djirani (Mes voisins) Ces derniers temps, les Kabyles l'apprécient pour la reprise de la chanson d'El Hasnaoui (A cheikh Amokrane). Il fait partie des artistes algérois qui ont lancé la chanson courte du style chaabi pour les fêtes de famille,  les mariages notamment.

Sa carrière a plus de 30 ans. Il est toujours jeune et dynamique. Il a participé à plusieurs tournées en Algérie dans le  cadre de Tlemcen capitale islamique et du  projet ''Art et spectacles''  qui organise des spectacles gratuits dans les mairies et en dehors des grandes villes. Depuis quelques années, il donne plusieurs spectacles à Montréal et à chaque fois, il est ravi de l'accueil de la communauté nord-africaine et algérienne en particulier. Lors de son passage à Montréal le mois janvier à la salle  hellénique (grecque) et au Riadh, il a accordé à  berberes.com cet entretien.

Chaou Abdelkader : la voix qui berce les mélodiesParlez-nous de vos débuts dans la chanson. Comment s'est produit le déclic?
Chaou : J'étais très jeune. Tout a commencé à la Casbah d'Alger qui est le nid du Chaabi. El Anka et tous les chanteurs du chaabi habitaient pratiquement dans ce coin de la capitale. Il y avait surtout le maître qu' El Anka admirait Cheikh Nador. Il le suivait partout. Un moment donné, Nador se demandait pourquoi El Anka le suivait partout. Il a fini par l'intégrer dans son orchestre pour jouer de la percussion (derbouka), mais El Anka avait de l'ambition. Il retenait toutes les qaçaïd  (poèmes longs du chaabi). Et comme Nador a vieilli et était fatigué, il permettait à El Anka de faire quelques mariages. Au fait, le nom d'El Anka provient du mot El aalk (quelque chose qui colle). C'est un pseudonyme qui lui sied très bien. El Anka n'a pas tardé donc à se faire connaître et à s'imposer comme référence dans le monde du chaabi.

Revenons à vos débuts

Chaou : À la maison, on avait des petits postes de radio. On écoutait des émissions qui traitaient de la culture algérienne. Dans la semaine, il y avait l'orchestre d'El Anka et Mustapha Skandrani, l'orchestre andalou et l'orchestre kabyle de Cheikh Noureddine à la radio. C'était l'époque de la colonisation française. J'écoutais tout le temps cette émission du chaabi vers 21h. Après, dans mon quartier, rue Randon, les voisins avaient un café qui portait leur nom: Ben Kanoun. Une fois le café fermé, nous répétions mes amis et moi. Un jour, un ami m'a incité à participer au concours de radio Crochet. Cette radio qui existe toujours, mais fermée, est située à côté de l'actuelle salle Ibn Khaldoun. Nous étions 5 chanteurs amateurs à y participer. J'ai donc chanté avec l'orchestre de Cheikh El Djilali et Zoheir Abdellatif était l'animateur du concours. C'était dans les années 1950. Je leur ai plu et c'est ainsi que j'ai gagné la première place. Après l'indépendance, il y avait des fêtes dans tous les quartiers. Un jour, Said Oujdi (chanteur andalou) est venu à notre quartier. Alors,  les copains lui ont demandé de me donner une chance. J'ai chanté un hymne de Hassan Said que j'imitais bien. Ce qui m'a encouragé, par la suite,  à monter mon propre orchestre chaabi. Là, on m'a appelé au TNA. Dans les années 1970, j'ai fait avec Mahboub Bati deux 45 tours dans son studio.  C'est grâce à la chanson Djah Rabbi ya Djirani en 1974 que ma carrière a été lancée.


Écrivez-vous vos chansons?

Chaou : Non, je n'écris pas les paroles et je ne compose pas des mélodies. J'interprète les œuvres. C'est tout. Il y a beaucoup de paroliers qui me sollicitent, mais je ne prends que les textes qui me conviennent.

Comment avez-vous appris à jouer du mondole?

Chaou : J'ai étudié chez El Anka au conservatoire, non pas pour l'imiter, mais pour apprendre à jouer de la musique. Il nous a fait travailler sur des qaçaïd. Au bout d'une année, j'ai réussi à maîtriser la mondoline. Ce conservatoire appartenait à la mairie d'Alger et maintenant, ils ont construit une grande bâtisse pour le conservatoire.


Quels sont les thèmes que vous préférez chanter?

Chaou : J'aime chanter le patrimoine chaabi. Les sujets traitent de la religion, du spirituel, de la pauvreté, de la femme,  de l'amour  et du social.


Vous faites partie d'une génération qui chante le chaabi autrement. Pourquoi ce choix?

Chaou : Le chaabi doit rester tel quel. Quand nous sommes entre hommes, nous chantons des vraies qaçaïd. Elles ont un cachet spirituel et religieux qui arrive à remettre pas mal de monde sur le droit chemin. Ceci étant dit, quand il est question de fêtes familiales, on fait des chansons courtes pour faire danser les gens. Cependant, ces chansonnettes,  qui ont contribué à faire connaître plusieurs artistes, doivent respecter les règles du chaabi. Il faut dire que grâce aux médias, le chaabi est un peu partout en Algérie désormais.


Vous, vous faites partie des artistes qui passaient à la télévision algérienne, ce qui  vous a avantagé.

Chaou : Je ne passais pas à la télévision grâce aux connaissances. J'ai commencé tranquillement jusqu'à ce qu'on me remarque. Mahboub Bati a composé pour Guerouabi, Amar Ezzahi et moi. Nous chantions avec l'orchestre de la RTA composé de musiciens payés par la télévision.


Un moment mémorable avec El Anka?

Chaou : Je ne l'ai pas beaucoup côtoyé, mais un jour, un ami musicien m'a appelé pour le déposer avec ma modeste R8 chez El Anka pour lui donner de l'huile d'olive. Une fois arrivés, El Anka descend pour prendre un pot avec nous au café Malakoff. Je lui ai dit que l'huile kabyle était très bonne. Et El Anka de me dire : "  Il faut dire l'huile d'olive. On ne broie pas les Kabyles. Au fait, essaie de me broyer, tu verras ce que cela pourrait donner "Une autre fois, à Bab El Oued avec Cheikh Stambouli  où il venait discuter avec nous, il m'a dit : " Écoute, à propos de ta chanson Djah Rabbi ya djirani, quand tu régleras tes problèmes avec tes voisins, tu viendras prendre un café avec nous ". El Anka était spécial.


Et Amar Ezzahi?
Chaou : On a commencé ensemble à Bab Edjedid. Il habite toujours au même endroit. Il ne fait que les mariages et encore. Il n'aime pas faire ni les galas, ni les tournées. Il a vieilli avant l'âge. Il est aussi malade. Quant à son nom d'artiste, ce sont Kamel Hamadi et Mahboubati qui le lui ont donné. Son vrai non est Amar Aït Zaï originaire de Asqif n tmana
(ex Michelet),  né à Alger. Il a décliné toutes les invitations officielles ou d'organisateurs de spectacles. Il est comme ça.

Ces dernières années, vous vous êtes intéressé à la chanson kabyle

Chaou : Tout son répertoire est couronné de succès. El Hasnaoui et Slimane Azem sont des grands monuments de notre chanson. Matoub aussi fait partie des ces grands. Je l'ai rencontré une fois à Paris lors d'une inauguration d'un café avec Rachid Mesbahi. Il est venu me parler en me disant qu'il m'écoutait et que j'avais une belle voix.


Pourquoi avez-vous chanté El Hasnaoui?

Chaou : Quand j'allais chanter à la maison de la culture de Tizi-Ouzou, les Kabyles me disaient : " Pourquoi ne chantes-tu pas en Kabyle? Tu es de Tigzirt, tu es kabyle ". Il y avait de la pression. Je leur ai dit que je ne connais que le chaabi d'Alger et que je n'étais pas sûr de pouvoir chanter en Kabyle. Après, je ne cessais d'y penser. Un jour, j'ai décidé  d'essayer la chanson A Cheikh Amokrane. Je l'ai transcrite, apprise, répétée avec mon orchestre pour l'enregistrer enfin. J'ai beaucoup aimé la musique. Même les paroles m'étaient accessibles. Ce n'était pas du kabyle compliqué. Je me suis écouté et je me suis plu (rires). Ma femme est de Ath Ouertilen. Elle a apprécié la dite chanson aussi. Toute sa famille parle kabyle couramment.  Une fois, lors d'un mariage, j'ai chanté ''A Cheikh Amokrane'' Le public a explosé de joie. Ça m'a rassuré. Par la suite, on m'a contacté de Tizi-ouzou et j'ai chanté à la chaîne II, l'animatrice Samira a beaucoup aimé la reprise. Aussi, je suis entrain de répéter la chanson de Slimane Azem El Ghorba.


Vos impressions sur l'état de la chanson chaabie

Chaou : Le chaabi a repris sa place depuis six ans. Dans tous les spectacles et les tournées, on a intégré le chaabi à l'échelle nationale. Il se porte très bien. Il y a même un Festival du chaabi qui découvre les talents. Malheureusement, une fois ces talents découverts, il n y a pas de suite. D'ailleurs, je l'ai dit à Abdelkader Bendaameche, responsable de ce dit festival.


Comment voyez-vous le statut de l'artiste algérien?

Chaou : Ulac! I'artiste algérien n'a pas de statut. Il n'est pas protégé. Il est livré à lui-même. Un artiste chez nous doit avoir un travail parallèlement à son art pour survivre. Ils ne sont pas nombreux les artistes algériens qui vivent de leur art. Personnellement, je gagne bien ma vie avec mon art, mais beaucoup de chanteurs en souffrent.


Ce mois de janvier 2012, nous avons perdu un grand artiste kabyle Chérif Kheddam.

Chaou : Allah yerahmou. J'ai discuté avec Chérif Kheddam à Paris dans un restaurant qui s'appelle Kahina. C'est un grand artiste. Il a fait un excellent travail pour la culture de notre pays.


Des projets?

Chaou : Je suis en plein enregistrement. J'ai un coffret de 20 CD produit par le ministère de la culture en collaboration avec l'ONDA. Il est tiré en 1500 exemplaires pour les distribuer aux ambassades pour faire connaître notre culture ailleurs. Ils ont fait la même chose pour Guerouabi. À mon retour en Algérie, je reprends mes activités et je reviendrai au mois de ramadan ici.


Dernier mot?

Chaou : Je remercie la communauté algérienne pour son accueil chaleureux. La nostalgie du pays la ronge beaucoup. Je suis également content de mon dernier passage à Montréal. Cette fois-ci, les deux soirées se sont très bien passées. Je remercie enfin Djamel Lahlou et sa femme ainsi que Belkacem Noufi et sa femme qui se sont très bien occupé de moi.


Entretien réalisé par Djamila Addar
Lundi 30 janvier 2012

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