L'exil et la relève berbère


Quand la langue de ma mère me fait parler et m'interpelle

L'exil et la relève berbère Quand la langue de ma mère me fait parler et m'interpelleSamedi 19 novembre 2011, les artistes Fahem, Sghira, Zahia et le groupe Berbanya ont animé une soirée-bénéfice pour l'association INAS au collège Maisonneuve de Montréal. Inas sollicite la générosité des Kabyles pour amortir les frais des parents dont les enfants suivent les cours de Tamazight.
Plus de 60 000 Algériens vivent au Canada dont une grande partie est kabyle. Certains se sont exilés pour des raisons politiques, d'autres pour des raisons économiques ou autres. Il n'est un secret pour personne que la plupart des compatriotes vivent au Québec notamment à cause de la langue française. En plus du fait de se faire une place dans leur nouvelle société, les Algériens sont préoccupés par les valeurs ancestrales qu'ils doivent inculquer à leur progéniture pour qu'elle ne se soit pas coupée définitivement de leur culture d'origine. Parmi les facteurs extrêmement sensibles voire vitaux à cette démarche la langue. En effet, dans cette nouvelle patrie, toutes les communautés qui la composent  se démènent pour dispenser ne serait-ce le minimum de langue maternelle à leurs enfants.

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D'où l'existence du programme PELO (programme d'enseignement des langues d'origine) financé entièrement par le gouvernement du Québec dans des écoles qui répondent à certains critères comme la présence d'au moins 15 élèves parlant leur langue maternelle. D'ailleurs c'est ainsi que la langue arabe a déjà eu droit à ce genre de service pédagogique. Ce qui n'est malheureusement pas le cas pour la langue amazighe. Toutes les tentatives de certains acteurs de la communauté kabyle ont été vaines. D'où le paradoxe qu'on pourrait déceler dans la démarche de la majorité des Kabyles. D'un côté, ils manifestent, ils crient même leur identité partout. D'un autre côté, ils ne déclarent pas leur langue maternelle dans les écoles de leurs enfants. Ce qui pénalise Tamazight dans ses droits garantis à toutes les langues d'origine. Ils gonflent surtout les rangs de la langue arabe puisque se déclarer Algériens équivaut automatiquement pour les Occidentaux au fait d'être arabe.

Devant un tel constat amer, faudrait-il rester passif et laisser faire? La réalité a prouvé le contraire puisque certains militants de l'identité berbère (regroupés dans l'association INAS) ont décidé depuis presque 3 ans de prendre en charge cette lourde tâche pour donner des cours de berbère aux enfants kabyles au centre Lajeunesse de Montréal tous les samedi matin.  Cependant, une telle entreprise ne pourrait fonctionner avec une simple ou une grande volonté, Il faut des moyens humains et financiers. Si les premiers pourraient se porter volontaires comme d'habitude dans les traditions militantes, les seconds demeurent capitaux et exigent la contribution conséquente de ceux qui se disent jaloux de leur langue et de leur identité violemment brimées pendant des siècles dans leur pays d'origine. Pour le moment,  l'association INAS tient bon et ne baisse pas les bras. Mieux encore, elle s'acharne à maintenir vivant et dynamique son noble projet en enclenchant des levées de fonds avec l'aide des artistes bien établis dans la société kabyle. Le premier qui a inauguré ce processus militant était Boudjema Agraw qui a donné une prestation de haute facture en 2010. Le second n'est autre que le chanteur Fahem qui a accepté avec beaucoup d'abnégation et de générosité l'invitation d'INAS.

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C'est  dans ce cadre que la soirée avec l'artiste Fahem a eu lieu au collège Maisonneuve de Montréal le samedi 19 novembre. Le spectacle animé par Zahia et Mohand Arab de l'association d'Ottawa a commencé par les chants des enfants qui apprennent Tamazight au sein d' INAS. Dirigés magistralement par Zahia qui est à la fois chanteuse et enseignante. Ces enfants articulaient correctement leur langue et absorbaient fièrement les cantines pédagogiquement  adaptées à notre culture ancestrale. Vient ensuite le groupe Berbanya qui a inauguré son répertoire par un instrumental chaabi en guise d'hommage en grand maître El Anka. Berbanya a également accompagné Sghira coquettement habillée en tenue traditionnelle. Cette jeune fille talentueuse a envouté l'assistance avec sa belle voix en chantant la diva Nouara et la grande dame Taos Amrouche. Enfin, le grand Fahem entame son répertoire qui a curieusement emballé même la jeune génération qui n'était pas encore née quand il a conquis les jeunes des années 70.

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En somme, la soirée était parfaite et harmonieuse. Toutes les générations se côtoyaient et dansaient aux rythmes kabyles,  anciens et actuels. Les enfants qui courraient dans tous les sens dérangeaient certains, mais leur présence était primordiale, car, c'est ainsi qu'on absorbe les sons et la culture de son peuple.   Le spectacle, qui a été donc un immense succès à tous les points de vue, a pris fin vers minuit avec certaines annonces notamment  la sortie du DVD de la pièce de théâtre ASS N UNEJMAA de Arab Sekhi, l'hommage que le CAM consacre à Mohya le 10 décembre au centre Africa  et le spectacle, ''Qui viendra fleurir ma tombe ?'',  qui aura lieu le 1 décembre à la place des Arts parrainé par QUBECOR.

Place des arts


Djamila Addar

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