TIZI OUZOU

 

Cheikh Arab Bouizegarene ressuscité

Concernant les débuts de Cheikh Arab Bouizegarene dans la chanson, tout est lié à une fête qui a été animée à Djemaâ Saharidj au début des années quarante par El Hadj Mhamed El Anka.

L'hommage qui a été rendu jeudi dernier à Cheikh Arab Bouizegarene à Tizi Ouzou, à l'initiative de «Mas Production», a été vraiment à la hauteur.

L'organisation impeccable est remarquable ainsi que le choix des invités qui ont eu à témoigner de la vie et l'oeuvre ainsi que des mésaventures du Cheikh.

TIZI OUZOU Cheikh Arab Bouizegarene ressuscitéLa salle de la Maison de la culture était presque archicomble à 14 heures.


Le public était au rendez-vous mais aussi de nombreux artistes de la région anciens et nouveaux à l'instar de Ouazib Mohand Ameziane, Belkheir Mohand Akli, Si Lakahal et la liste est encore longue, car des artistes moins connus mais qui avaient une belle voix étaient aussi de la partie. Ils l'ont prouvé d'ailleurs quand ils se sont succédé sur scène pour interpréter jusqu'à la perfection les chansons du Cheikh.
La première chanson à avoir été interprétée à l'occasion de ce spectacle est celle qui a été rendue célèbre grâce à Matoub Lounès qui l'a reprise dans son album Arwah Arwah, en guise d'hommage au Cheikh de son vivant. En effet, une année après la sortie de l'hommage chanté par Matoub, Cheikh Arab Bouizegarene est décédé. Il s'agit de la chanson Atsili lhaga rkhisset. C'est une très belle musique composée par Cheikh Arab Bouizegarene et à laquelle Matoub Lounès a su redonner un autre souffle.

Le spectacle s'est poursuivi et presque toutes les chansons de Cheikh Arab Bouizegarene ont été interprétées par de jeunes artistes qui ont tenu à être présents à ce rendez-vous artistique qui gagnerait à se répéter car il offre des moments agréables de liesse et ressuscite l'art, le vrai.
Plusieurs personnes ayant connu Cheikh Arab Bouizegarene se sont relayées sur scène afin de le raconter, à commencer par son frère qui ne l'a malheureusement pas beaucoup côtoyé. Ce dernier n'avait que six ans quand Cheikh Arab Bouizegarene s'est envolé pour la France. «Il est parti très jeune car à l'époque, chanter était une chose qui était très mal vue au village», raconte le frère cadet du grand artiste.

Concernant les débuts du Cheikh dans la chanson, l'orateur rappellera que tout est lié à une fête qui a été animée à Djemâa Saharidj au début des années quarante par El Hadj Mhamed El Anka. «C'est à partir de cette fête que mon frère tissa une amitié profonde avec El Hadj Mhamed El Anka qui l'a beaucoup aidé. Mon frère est d'abord parti à Alger où il a fréquenté les grands artistes avant d'aller définitivement en France car, au village, chanter était une chose répréhensible à l'époque», raconte le frère.

Ce dernier dira que les circonstances de son départ en France sont décrites avec moult détails dans ses chansons. Il ajoutera que tout ce qu'il chante dans ses textes est la vérité crue. Il s'agit donc de chansons purement autobiographiques.
Tout ce qu'il dit sur la douleur de l'exil et la dureté de la vie quotidienne des émigrés kabyles est une réalité absolue que Cheikh Arab Bouizegarene a eu à endurer ainsi que tous ses compagnons.

Le frère de Cheikh Arab Bouizegarene racontera aussi sa rencontre avec ce dernier en France en 1962. Ce jour-là, il y avait avec Cheikh Arab Bouizegarene le maître El Hasnaoui.
«J'étais ému en voyant Cheikh El Hasnaoui mais en même temps, j'ai été marqué en constatant à quel point ce dernier était maigre. Je croyais qu'il était malade d'autant plus que mon frère qui était assis à ses côtés était de forte corpulence mais finalement, c'est mon frère qui allait mourir le premier», ajoute M.Bouizegarene.
Ce dernier révélera que Cheikh Arab Bouizegarene a été enterré au cimetière de Massy à Paris avec son mandole. Ce qui n'était qu'une légende a donc été confirmé jeudi dernier.
L'orateur a indiqué que son frère n'a jamais chanté à Djemâa Saharidj, pas même une seule fois car c'était tabou.

Les témoignages ont continué à abonder jusqu'à la fin de la journée et beaucoup d'anecdotes ont été racontées au sujet de l'artiste Cheikh Arab Bouizegarene. Par moments, il y avait de l'humour et à d'autres moments, de l'émotion et de la tristesse compte tenu de l'absence physique de ce chanteur qui a animé des centaines de soirées dans les cafés de l'émigration à Paris. «Il lui arrivait d'avoir une recette de 80.000 francs et à l'époque cette somme d'argent était énorme. Mais à peine vingt-quatre heures plus tard, il ne lui restait aucun sou dans la poche», conclut un ancien ami de Cheikh Arab Bouizegarene pour illustrer la vie de bohème menée à l'époque par nos artistes.

L'Expression

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