Issiakhem : une vie à l'arraché


Libre et engagé

La troisième édition du festival du Printemps Culturel Nord Africain, organisé par Mourad Mhamli, a inauguré ses programmes par un vernissage mettant en évidence le talent de plusieurs artistes algériens extraordinaires : Ali Kichou, Hassane Amraoui, Nadia Ait Said, Nour-Edine Djoudja et Hadjira Preure. Cette exposition qui s'étale du 24 mars jusqu'au 10 avril à la maison de la culture Côte des Neiges,  est dédiée entièrement à la mémoire d'un grand artiste peintre algérien : M'hamed Issiakhem. Une mémoire et un génie qui ont été magistralement présentés par Miloud Chennoufi, fervent admirateur du défunt artiste.  Intitulée : Issiakhem de l'amour filial et du combat impossible,  cette conférence su extraire la douleur et l'amour qui ont habité Issiakhem depuis sa tendre enfance. Un amour et une douleur qui revenaient systématiquement dans toutes ses toiles.

Un cœur brisé

Né en 1928 à Ath Djennad ( Azzefoun)  en Kabylie, M'Hamed Issiakhem faisait partie de ces enfants Algériens ''privilégiés'' d'aller à l'école pendant la colonisation française. Très tôt, son talent de dessinateur se fait remarquer par ses instituteurs notamment lors d'un concours de dessin du portrait du Maréchal Pétain. Naïvement, car très jeune pour comprendre le profil du collaborateur des Nazis, Issiakhem a excellé dans l'exécution de son travail et il a eu le premier prix. Une nouvelle qui s'est répandue comme une poudrière dans les environs. Et c'est ainsi qu'il a commencé à faire les portraits des petites gens qui le sollicitaient. Cependant, ce moment d'apprentissage et de curiosité de l'enfance n'a pas tardé à tourner au vinaigre. En effet, lors du débarquement américain en Afrique du Nord en 1942, son école a été transformée en caserne avec tout ce qu'elle pourrait contenir comme armement. Jeune qu'il était, il a pu subtiliser une grenade pour pouvoir jouer avec ses frères et ses cousins. C'est ainsi que lors de l'explosion de la dite grenade, il perd une sœur,  un frère, un cousin et un bras. Et comme le malheur ne vient jamais seul, il perd aussi et à jamais l'amour de sa mère.

À la quête de l'âme maternelle et féminine

La troisième édition du festival du Printemps Culturel Nord AfricainIl quitte la Kabylie pour Alger avec une âme écorchée et un esprit malmené par la culpabilité, la mélancolie et la solitude intérieure. Il s'inscrit à l'école des Beaux-Arts et il est accepté. De fil en aiguille, la personnalité du jeune homme se forge, son talent aussi. Toutes ses toiles tournent autour de la mère, de la maternité, de la Femme et de l'enfance. Il a tenté en vain de reconquérir l'amour de sa mère ou tout au moins d'obtenir son pardon. Mystérieusement, le père et l'homme sont quasiment occultés dans sa création. Parallèlement à sa vie d'Algérien, il a voyagé  et a découvert le vécu des autres peuples. Ce qui l'a incité à leur rendre hommage, mais, toujours à travers le sacrifice des Femmes. Il a dédié ses œuvres  à la Vietnamienne en 1973, à la palestinienne en 1971,  aux Réfugiés en 1976, à La mendiante en 1972. Arrive enfin le moment de l'amertume, de l'attente et de la ligne rouge qui envahissent l'être humain à un moment donné de sa vie. Issiakhem a commencé au début des années 1980 les séances de chimiothérapie et sa dernière toile était un autoportrait de ce qu'il est devenu à la veille de son décès. 

Personnalité paradoxale ou incomprise?

Comme tous les génies, Issiakhem a ce caractère intempestif qui a fait le vide autour de lui. Mais, avoir Kateb Yacine comme ami et complice  ne serait-il pas suffisant? Aussi, la liberté absolue qu'il prônait pour l'artiste pourrait-elle être compromise par certains gestes ponctuels qui dans la plupart des cas pourraient être compris voire justifiés? Il a par exemple conçu certains billets banque algérienne. Il a également cautionné le sarcophage d'une œuvre magnifique que les conservateurs des années 1970 voulaient détruire.

La peinture moderne en Algérie


Bref, la création de Issiakhem est une œuvre qu'il faut admirer, car selon le conférencier, l'artiste a un langage qui s'adresse plus au cœur qu'à la raison. En effet, les traumatismes personnels et collectifs qu'ont vécu l'artiste et son peuple ont marqué son art. Un art qu'on pourrait qualifier de précurseur d'un courant de pensée postcolonial dans le domaine des arts plastiques en Algérie. Si Jacques Berque soulignait l'incapacité de l'Algérien à créer, des artistes comme Issiakhem, Khada, Baya, Mesli ont prouvé le contraire, artistiquement et politiquement. D'ailleurs Issiakhem a situé le rôle de l'artiste. Selon lui, ce dernier doit, d'un côté,  demeurer libre et surtout aller jusqu'au bout de sa liberté et d'un autre côté, rejoindre son peuple dans sa volonté à transformer ses conditions de vie dans tous les domaines.

Cette première journée du festival a été clôturée par des chants de Hadjia et Sghira. Toutes les deux avec leurs voix sublimes ont repris entre autre des chansons de Chérif Kheddam et de Nouara.


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