Tamazight à l'honneur


Boudjema Agraw, un artiste engagé pour une langue, sa langue.

« Si tout un chacun apportait sa contribution, on pourrait construire notre présent et notre avenir. Nos prédécesseurs avaient posé les premières pierres de l'édifice de l'identité berbère, à nous d'en faire autant.»

Agraw à Montréal 19 mars 2011Tel est le message que l'artiste engagé kabyle Boudjema Agraw a lancé  ce samedi à Montréal à la salle Le Château lors du spectacle bénéfice  organisé, en collaboration avec certains acteurs associatifs de la métropole québécoise et de Gatineau, par l'association Inas qui gère l'enseignement de Tamazight à Montréal depuis deux ans.

Le public a eu droit à deux heures de moments magiques  de danses aux couleurs kabyles, de chants de Berbanya et de Zahia avant de savourer le passage de Boudjema Agraw tant  attendu. Son passage était court, mais de haute facture. L'artiste a d'abord chanté l'engagement dans tous les domaines. Du social au culturel avant de s'attarder sur la chose politique qui a enfoncé l'Algérie dans un coma qui ne cesse de s'allonger. Un coma que subissent les  détenus politiques que le pouvoir tyrannique  associe systématiquement aux criminels du droit commun. Un coma dans lequel sont plongés les citoyens démunis dans l'indifférence déconcertante des choyés du système rentier et corrompu symbolisé par Hydra, cette ville d'Alger qui vit dans sa bulle de luxe au point de se situer hors des frontières d'un pays arraché à ses enfants. Un coma qui torture et malmène l'identité berbère et les libertés fondamentales que l'Algérie de Ali Baba et ses 40 voleurs banalise et confine sciemment dans un folklore archaïque ou un populisme pollué au plus haut degré.  L'œil observateur de l'artiste force l'admiration de l'assistance. Avec  son costume gris, son sourire contagieux et son talent incontestable, Agraw a pu en espace d'une heure  imposer une ambiance sobre et  énormément agréable.

Agraw à Montréal 19 mars 2011

 

Vient ensuite le moment de la ''diligence'' comme dirait Boudjema. Ce moment que l'humain aime vivre pour oublier les tracas du quotidien et le poids des choses de la vie. Donc, la deuxième partie de son répertoire, certes à contenu politique, a été consacrée à la foule qui voulait danser. Une foule composée essentiellement d'une jeunesse belle, dynamique à laquelle les parents ont su transmettre la langue et l'identité berbère au delà de l'Atlantique.  Matoub et Mammeri en seraient ravis et fiers. Ces jeunes, filles et garçons dansaient et chantaient avec une fierté et un bonheur débordants. Ils étaient dans leur élément naturel. Ils étaient heureux. D'ailleurs, la chanson de Boudjema résumait l'essentiel de la cause berbère: " Je suis Algérien, berbère, kabyle, mais à mes enfants je dis et je dirai que  nous sommes kabyles, que nous sommes amazighs. "

Cette soirée du 19 mars qui coïncide curieusement avec la commémoration d'un autre 19 mars cher aux Algériens dans leur diversité a honoré l'essentiel, Tamazight, son enseignement, sa pérennité  et sa relève. Inas, à l'instar de l'ACAOH, assure les cours de Tamazight à Montréal. Les parents doivent inscrire leurs enfants aux cours en grand nombre. D'autres doivent faire des dons, aider. En tout cas, les premiers pas sont enclenchés. Les Kabyles ont su transcender  les clivages et les divergences pour s'attaquer aux choses sérieuses : bâtir et assurer l'héritage identitaire  à leurs enfants. Il faut donner les moyens aux enseignantes et enseignants de Tamazight. Boudjema en chantant gratuitement a donné l'exemple. Aux suivants…

Djamila Addar

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