L’ATLAS ÉTAIT PLEIN COMME UN OEUF


Aït Menguellet réchauffe l’hiver par le verbe

La salle Atlas d’Alger s’est, une nouvelle fois, avérée trop exiguëLa ville d’Alger s’est parée de ses plus beaux atours pour accueillir le maître aux mots guérisseurs des maux.

«Mais quand le prince parle, on doit faire silence», écrivait Franz Xaver Kappus, l’un des admirateurs du démiurge du verbe Rainer-Maria Rilke. Jeudi, le prince du verbe a encore parlé.
Lounis Aït Menguellet a, encore une fois, subjugué les férus de la rime finement ciselée.
La salle Atlas d’Alger s’est, une nouvelle fois, avérée trop exiguë pour contenir un public venu nombreux écouter le chantre de la chanson kabyle. Ni le froid, ni la tombée de la nuit n’ont dissuadé les fans de Lounis. L’«Ameddah» (le barde) les a appelés et les amoureux du verbe ont répondu présent. Retour sur une soirée auréolée de magie du vers raffiné. Il est 19h tapantes. De longues files se sont formées aux trois entrées de la salle Atlas.

La nuit a jeté son rideau sur Alger depuis un moment.
Les lumières de la ville scintillent. Alger s’est parée de ses plus beaux atours pour accueillir le Maître, aux mots guérisseurs des maux. Quelques minutes s’égrènent. Le rideau de la scène s’ouvre...Et commence le voyage vers les cimes de la poésie. L’orchestre du chantre fait son apparition. Il est dirigé par son fils Djaffar. A côté de lui, son frère Tarik joue de l’harmonica. La troupe compte également Juba Branis (le fils de Karim, l’un des fondateurs et chanteur du légendaire groupe Abranis), Chabane Ouahyoune à la derbouka et Saïd Ghezli au bendir. Djaffar prend sa flûte. Et fuse un air qui invite les présents à voyager dans le temps.

La salle est emballée. Le poète fait son apparition sous un tonnerre d’applaudissements et de youyous stridents. Il prend sa guitare et entonne «Idhoul sand aanruh» (Lointaine est notre destinée). Cette chanson raconte l’histoire d’un peuple effectuant une longue traversée dans l’histoire de l’Humanité. «Soleil garde-toi de t’éclipser/ Nous marchons tant que tu brilles/ Avons-nous peur que tombe la nuit/ Lointaine est notre destinée». Ces vers pleins de vérité transportent les fans.
L’arche du poète emporte leurs coeurs sur les vagues de son océan poétique. A l’horizon de cet océan magique, il perçoit sa muse. Il avoue que le temps n’a pu effacer son visage. Avec Aït Menguellet, le passé se conjugue au présent. Et le souvenir des belles amours est toujours vivace. Chacun des présents voyage, fait son introspection. Chaque voyageur, homme ou femme, se rappelle de celle ou de celui qui a fait chavirer son coeur pour la première fois. Ce voyage, le poète le résume en une chanson: «Thelt eyaam di l’aamriw» (Trois jours de ma vie). Les années d’or de Lounis refont surface. Ces chef-d’oeuvre de l’amour chantés ne laissent personne indifférent.

«Lounis Aït Menguellet sait faire parler les voix muettes en nous. Il est le chanteur qui véhicule les valeurs profondes de la culture kabyle. Il a chanté la femme, l’amour, et il est un visionnaire politique d’exception. Lounis est le témoin privilégié de notre époque», considère Mme A.Y., conseillère en droit des affaires. Cette dame est venue en compagnie de six membres de sa famille pour assister au spectacle. Entre-temps, le poète enchaîne avec la chanson «Taqsitik» (Ton histoire). Dans cette chanson, il évoque la réalité triste de ceux de sa race qui savent ce qu’ils ne veulent pas, mais ne savent pas ce qu’ils veulent. «Cette chanson est pessimiste», avoue-t-il. Il décide alors de faire renouer les présents avec l’optimisme caractéristique de tout combattant pour des causes justes. Il entame «A Taqbvaylit» (ô kabylité!) qui enflamme la salle. Le rythme soutenu, il enchaîne avec JSK. Le public est aux nues. Cela dit, le clou de la soirée fut le moment où il chante avec son fils Djaffar «A Mmi» (Mon fils).

Ce chef-d’oeuvre est inspiré du livre Le Prince de Nicolas Machia-vel. Il décline une appréhension lucide de l’exercice du pouvoir politique. Comme à l’accoutumée, le poète a su mener ses fans au nirvana de la poésie. «Voir Aït Menguellet sur scène est un événement qu’on ne peut rater. Je suis venu avec 12 membres de ma famille.
Le prix des billets m’importe peu (600 DA). La poésie de Lounis est d’une valeur inestimable», a estimé Nacim Akretche, météorologue. Aucune adversité ne peut empêcher les fans de venir voir leur poète adulé. «Je suis venue de Tizi Gheniff (wilaya de Tizi Ouzou, à une centaine de kilomètres à l’est d’Alger) en compagnie de mon fils et nous y repartons ce soir», avoue Dahbia Yahiaoui, 73 ans. Sur les rides de son visage, le poète a écrit une longue histoire d’affection que cette dame voue à sa poésie. Entre le poète et son large public, cette saga continue à s’écouler comme un fleuve d’amour.

L'Expression

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