RAMDANE LASHEB, ÉCRIVAIN


«Ecrire sur Ath Douala, c’est écrire sur l’humanité»

Ramdane Lasheb a déjà édité deux livres, respectivement aux éditions Tira de Béjaïa et aux éditions L’Odyssée de Tizi Ouzou. Il s’agit de Zik-nni deg Wat dwala, paru en 2009 et de Chants de guerre des femmes kabyles, publié en 2010. Dans cet entretien, Lasheb évoque son expérience dans le domaine de l’écriture et évoque ses projets.

L’Expression: Qui est Ramdane Lasheb?
Ramdane Lasheb: Je suis enseignant de langue amazighe, je suis aussi technicien des fouilles archéologiques. J’ai beaucoup travaillé sur le terrain, c’est-à-dire dans des campagnes de fouilles archéologiques à Agen (France), Zug (Suisse), Kairaouan (Tunisie)... En 1992, j’ai participé à un stage de recensement archéologique (carte archéologique) à Agen. Ce cumul d’expériences m’a permis aujourd’hui de m’intéresser particulièrement à la collecte et à la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel kabyle.

Pourquoi avez-vous choisi d’écrire directement en tamazight?

Tamazight est ma langue maternelle, j’ai la chance de l’écrire et de l’enseigner. On ne peut mieux s’exprimer que dans sa langue maternelle. Aujourd’hui, pour moi, écrire en tamazight est aussi un acte militant. Si on veut que tamazight se développe, il faut écrire en tamazight. Toutes les langues orales sont en train de disparaître, le passage à l’écrit est donc salutaire.

Par quoi est motivé le choix de regrouper les chants féminins de guerre?
Dans mes investigations sur le terrain, je me suis rendu compte de la quantité et de la qualité de cette poésie de guerre. C’est un genre peu exploité. Cette poésie féminine de guerre est née dans la guerre et pour la guerre. Dans mon ouvrage Chants de guerre des femmes kabyles, j’ai volontairement choisi le village comme aire géographique de la collecte des poèmes, pour montrer la fonction historique de cette poésie de guerre. Ce que peut apporter la littérature orale, ici la poésie de guerre, à l’écriture des événements historiques, c’est l’auxiliaire de l’histoire.

Pourquoi vous êtes-vous limité à la région des Ath Dwala?
Etant donné que je réside et que j’enseigne à Ath Dwala les conditions minimales comme la proximité et les contacts avec les gens se trouvent réunis pour mener à bien mon projet de sauvegarde du patrimoine oral kabyle. Je rappelle que ce projet de sauvegarde, je l’ai commencé dans les années 90 et il se poursuit jusqu’a présent. Une partie des matériaux collectés sont à la base de deux publications: Zik-nni deg Wat dwala, éditions Tira (2009) et Chants de guerre des femmes kabyles, éditions L’Odyssée (2010). Pour moi, écrire sur les Ath dwala, c’est aussi écrire sur la Kabylie et l’humanité toute entière. C’est souvent le particulier qui prend une dimension universelle.

Quels sont vos projets d’écriture?
Je viens de finaliser une monographie du village Tala-Khelil; elle est en voie de publication. Les matériaux de base existent et les idées de projets aussi. Il me faut seulement un peu de temps et de tranquillité. Un jour, on a posé la question à Kateb Yacine: pourquoi il n’écrit pas un nouveau roman et il a répondu ceci: «Celui qui écrit est comme une poule, pour pondre son oeuf, il lui faut de la paix, de la tranquillité, il ne faut pas qu’on la dérange...».

Quel est votre avis sur la production du livre en amazigh?
La production du livre en amazigh existe, rien qu’à voir ce qu’a publié le Haut Commissariat à l’Amazighité, et quelques maisons d’édition telles que L’Odyssée, Tira, Achab, Tasekla, le Savoir...Maintenant, elle est ce qu’elle est, il y a du bon et du moins bon. Ceux qui écrivent en tamazight ne sont pas encouragés tout comme d’ailleurs les éditeurs en tamazight. Par conséquent, le livre amazigh reste marginalisé.

L'Expression

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