AJGU ABELQAS, ÉCRIVAIN


«Les compositions d’El Hasnaoui n’ont pas d’égal»

AJGU ABELQAS, ÉCRIVAIN - «Les compositions d’El Hasnaoui n’ont pas d’égal»Ajgu Abelqas vit dans la même région que celle de Cheikh El Hasnaoui. Il est l’auteur du livre El Hasnaoui, le Maître et aussi d’un documentaire sur le même artiste, qui sortira à la rentrée. Son livre a été édité en 2009 en Algérie et il vient d’être publié en France aux éditions Edilivres. Ajgu Abelqas est un jeune auteur qui promet compte tenu de la qualité de ses écrits et des traductions des poèmes de Cheikh El Hasnaoui qu’il a réalisés.  Dans cet entretien, il parle de Cheikh El Hasnaoui à l’occasion du centenaire de sa naissance.

L’Expression: Comment vous est venue l’idée d’écrire un livre sur Cheikh El Hasnaoui?
Ajgu Abelqas: L’oeuvre de Cheikh El Hasnaoui me passionnait depuis plusieurs années, mon intérêt fut exacerbé lors de l’hommage que nous lui avons rendu en 2006 avec mes amis de l’Association «Issegman». C’est à ce moment-là que j’ai pu réunir la plupart de ses oeuvres (éditées et inédites), j’ai beaucoup lu à son sujet, mais j’ai eu à constater que les différents écrits qui lui ont été consacrés ne le cernaient pas à sa juste valeur, les auteurs se contentant de «fantasmer» sur l’existence ou non de «Fadhma» et ses textes se retrouvant retranscrits et/ou traduits, de manière bâclée. Ce constat fait, j’avais pris sur moi la «mission» d’essayer, un tant soit peu, d’apporter ma contribution à la réhabilitation de certaines vérités au sujet du Grand Maître, spécialement en rapport avec son parcours artistique et son oeuvre sans négliger de tenter de retracer son parcours biographique aussi fidèlement que possible.

Pourquoi avoir choisi spécialement Cheikh El Hasnaoui?
Comme je viens de vous le dire, l’intérêt que je portais à son oeuvre a fait que j’avais amassé une importante documentation à son sujet, la rareté voire la médiocrité des publications qui lui ont été consacrées m’ont motivé à donner de mon mieux afin de lui rendre l’hommage qu’il méritait en dehors de tout folklore sans lendemain, en comparaison avec les hommages éphémères, mais budgétivores auxquels on assiste de temps à autre.

Que représente pour vous Cheikh El Hasnaoui?
Me concernant, il est l’artiste «classique» à introniser comme tel, il n’y aurait pas meilleur, et ce, sur tous les plans: humain, musical et poétique. Ses compositions, thèmes et textes n’ont pas d’égal jusqu’à nos jours, il en sera certainement encore le cas pour longtemps, ce n’est point un «artiste de variété» mais un véritable «métronome», dommage qu’il n’a pas encore la reconnaissance que lui et son oeuvre méritent.

Qu’est-ce qui caractérise Cheikh El Hasnaoui par rapport aux autres artistes?
Il était (et c’est encore le cas) très en avance sur son temps, ses oeuvres sont de haute facture ce qui prouve qu’il les travaillait de manière très professionnelle. Ses textes sont magistraux, sans tabous, dits dans un langage et des langues authentiques, ses thèmes sont directement inspirés de sa société, mais ouvertement progressistes.
Du point de vue musical, ses compositions sont parfaites, rien n’est laissé au hasard, on dirait un chef d’orchestre, il a utilisé des instruments (clarinette, accordéon...) et des rythmes (valse, tango...) qu’on a rarement entendus chez d’autres artistes de chez nous, c’est un artiste complet, qui a osé casser des tabous sur tous les plans (social, musical, religieux,...) et qui nous a légués des oeuvres immuables.

Avez-vous d’autres travaux sur Cheikh El Hasnaoui?
Les éditions Edilivre (France) viennent de publier le livre: El-Hasnaoui, le Maître (Lhesnawi d Ccix) dans les deux langues: kabyle et français.
Je travaille avec mon ami Seddik, à la réalisation d’un documentaire dans lequel nous retraçons fidèlement la vie du Grand Maître à travers des témoignages inédits, il sera prêt pour la rentrée.

Comment expliquez-vous le succès des chansons de Cheikh El Hasnaoui des décennies après leur sortie?
Les oeuvres de Cheikh El Hasnaoui sont et resteront de grandes références pour la chanson kabyle et «chaâbi» et elles rencontreront toujours un succès à leur hauteur, car il y a mis tout son coeur et son savoir-faire, il les a vécues dans sa chair pour certaines et s’est fait le porte-parole des «sans-voix» pour d’autres.
Elles ne peuvent tomber dans l’oubli du jour au lendemain, malgré la qualité dans laquelle elles s’échangent actuellement. A ce sujet justement, nous regrettons le fait qu’il n’a pas été procédé à leur «remastérisation», chose que nous avions recommandée à l’issue du 1er colloque sur Cheikh El Hasnaoui de juin 2009.

Justement, à l’issue de ce colloque, vous aviez annoncé la tenue du centenaire, qu’en est-il?
Effectivement, nous avions lancé l’idée d’organiser le centenaire mais, avec la création de la «Fondation Cheikh El Hasnaoui», nous n’avons pas voulu «interférer» et l’avons laissé faire pour peu qu’elle arrive à mettre en place un programme à la hauteur de l’artiste -d’autant plus que nous étions à l’origine de l’idée même de sa création, voire du programme du Colloque 2009- mais, à présent que rien n’a été concrétisé, nous réfléchissons à la mise en place d’un programme auxiliaire en concertation avec ses membres, nos partenaires associatifs et institutions afin de ne pas laisser cet événement passer inaperçu, cela ne serait pas digne de nous; nous communiquerons à ce sujet sur le site: www.cheikh-el-hasnaoui.com.

Entretien réalisé par Aomar MOHELLEBI

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