L’ÉCRIVAIN ABDELMADJID AZZI À TIZI OUZOU


«Je raconte la guerre, d’Azeffoun à M’sila»

Abdelmadjid AzziL’écrivain Abdelmadjid Azzi était l’invité de la librairie Cheikh-Multilivres de Tizi Ouzou, jeudi dernier. Durant tout l’après-midi, l’ancien maquisard a dédicacé son livre Parcours d’un combattant (Wilaya III) paru cette année aux éditions Mille-Feuilles. La venue de l’écrivain Abdelmadjid Azzi a suscité l’intérêt de plusieurs personnalités locales dont les écrivains Mohammed Attaf et Youcef Merahi. Des lecteurs anonymes ont aussi tenu à venir rencontrer l’auteur, témoin d’une des pages glorieuses de la guerre de Libération. C’est avec humilité que Abdelmadjid Azzi répondait aux questions des lecteurs qui voulaient avoir des détails sur son livre et sur son contenu. En marge de sa vente-dédicace, il nous a accordé cet entretien.

L’Expression: Pourquoi ce désir d’écrire et de témoigner?
Abdelmadjid Azzi: L’idée est née par devoir de mémoire. L’idée a germé lors du cinquantième anniversaire du Congrès de la Soummam, à Ifri. Des anciens compagnons m’ont demandé d’écrire les moments que nous avions passés ensemble, puisque je pouvais le faire. L’objectif était que ces événements restent comme un témoignage pour la postérité. Avec ce genre de témoignages, les jeunes d’aujourd’hui pourront connaître la situation que nous avions vécue.

Dans ce livre, vous êtes acteur et auteur en même temps. N’ y avait-il pas un risque de tomber dans la subjectivité?
Je me suis limité aux événements auxquels j’ai participé ou bien auxquels j’ai assisté. C’est tout. De ce fait, il n’ y a aucun risque de subjectivité ou bien d’erreur concernant ces événements. C’est pourquoi j’ai évité d’aborder d’autres situations dont j’ai eu connaissance mais auxquels je n’avais pas pris part.

Les événements sur lesquels vous revenez dans votre ouvrage se sont déroulés dans quelles régions exactement?
Ils se sont déroulés sur le territoire de la wilaya III et particulièrement dans la zone II. Cette dernière s’étend d’Azeffoun (Beni Ksila) jusqu’à M’sila, en passant par Bordj Bou Arréridj, Sétif et Kherrata avec, à l’ouest Bouira. C’est un territoire assez vaste et qui englobe aussi la Soummam, l’Akfadou et les différents douars de Beni M’likèche, Ighrem, Ouzellagen, Chellata, Beni Ouaghlis, etc.

En écrivant ce livre, vous avez sans doute revécu les moments particuliers de la guerre de Libération nationale. Pouvez-vous nous dire ce que vous avez ressenti en revenant sur ces pages de votre vie et celle de notre pays?
Effectivement, en rédigeant ce livre, j’ai vécu intensément les événements. C’était vraiment extraordinaire. Au fur et à mesure que j’avançais dans la rédaction, je revivais pratiquement la période avec mon âge de l’époque. D’ailleurs, j’ai écrit le livre au présent de façon à ce que le lecteur s’imagine ce que nous faisions à l’époque et ce que nous étions aussi.

En écrivant ce livre, n’avez-vous pas eu par moments des trous de mémoire qui vous auraient empêché de relater certains faits s’étant déroulés il y a un demi-siècle?
Les événements que j’ai décrits, je ne les ai pas oubliés. Ce sont, d’ailleurs, ceux-là que j’ai mis en relief. J’ai oublié certaines dates et certains noms. Il fallait que je confirme avec les intéressés qui sont en vie fort heureusement. C’est ce qui fait un peu la force de mon ouvrage. La majorité des personnes dont j’ai parlées dans ce livre sont encore en vie. D’ailleurs, la plupart des photos qui figurent dans cet ouvrage sont récentes. Elles ont été prises en 2006 et 2009.

Votre livre est sorti en février 2010. Y a-t-il eu des réactions plutôt négatives de la part de certains acteurs des événements que vous relatez ou bien de la part de leurs proches?
Jusqu’à présent, je n’ai eu que des éloges. Je suis vraiment impressionné par les réactions positives des lecteurs de mon livre. La même réaction a été exprimée par mes compagnons. Il y en a un seul qui m’a dit: «Je ne suis pas d’accord quand tu écris que nous avons eu peur.» J’ai répondu que c’est vrai, nous avons eu peur. Il m’a répliqué que non, les moudjahidine n’ont pas peur, il ne faut pas le dire. J’ai répondu à mon tour que non, nous sommes des êtres humains et la peur est un sentiment naturel. Pour que le récit puisse avoir plus de crédit, il faut décrire toutes les sensations.

On assiste ces dernières années à une floraison de livres témoignages sur la guerre de Libération. Est-ce suffisant d’après vous?
C’est vrai qu’il y a des écrits mais je trouve que c’est insuffisant. Il y a beaucoup de choses à dire. Malheureusement, on n’écrit pas assez. Moi-même, il a fallu attendre l’année dernière pour que j’écrive, à soixante-douze ans. Il y a beaucoup d’écrits sur la Révolution algérienne de l’autre côté de la Méditerranée ou bien par des gens qui étaient à l’extérieur.
A l’intérieur, il y a très peu de témoignages. Il faudrait que les acteurs de la Révolution prennent leurs responsabilités et écrivent, témoignent sur ce qu’ils ont vécu, sur ce qu’ils ont vu de façon à ce que l’Histoire puisse être écrite de manière objective. Les historiens se basent sur les témoignages, sinon, ils ne peuvent pas inventer. La multiplication des témoignages offrira plus de chance aux historiens pour faire la synthèse et d’écrire la vraie Histoire.

Entretien réalisé par Aomar MOHELLEBI

L'Expression

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