Entretien avec l'artiste Hamid Baroudi

L' EXPRESSION 31/08/2008

Entretien avec l'artiste Hamid Baroudi

 

« Je reviendrai au printemps prochain »

«Je suis quelqu’un qui risque gros car j’ai mon petit rêve américain. C’est ma liberté et l’authenticité. Ma folie à moi, j’ai vendu mon appartement pour produire cet album et je suis fier, car ce qui m’anime est l’amour de l’art», confie cet artiste originaire de Tiaret.

Propos recueillis par O. HIND

L’auteur de la célèbre Caravan to Bagdad revient avec un nouvel album, Tam-tam à Tam et une version réactualisée de ce morceau intemporel. Notre ambassadeur de la musique ethnologique dans le monde est, avant tout, un artiste politiquement engagé pour la paix, la tolérance et surtout pour l’amour de l’art et de son pays. Celui qui se dit pas contre les Américains mais anti-système Bush, revient ici sur sa carrière, ses débuts en Allemagne, semée d’embûches, son rapport plus que fraternel avec la famille de feu Athmane Bali, de son attachement viscéral au désert et évoque son projet de tournée en Algérie...Nous l’avons attendu, après 5 longues années de voyage musical à travers les cinq continents, à la recherche de nouveaux sons et, le pionnier de la world music, l’enfant terrible de l’Atlas, le Targui de Berlin revient enfin avec un nouvel opus qui vous promet évasion entre musique algérienne et sons électroniques, au faîte de la modernité. L’éclipse de Hamid nous confirme ici, une nouvelle fois, que sa caravane ne s’est jamais arrêtée. Son univers fait d’émotion, de pureté et de grâce ne s’est jamais tari. En témoignent aussi ses nouveaux clips-vidéo, Lala Mina et Omri maâk. Ecoutons l’homme-mystère parler...


L’Expression: Hamid Baroudi disparaît et revient comme une éclipse. Que devient-il après ces 5 années d’absence?

Hamid Baroudi: Je suis quelqu’un qui dessine une toile et je n’aime pas imposer une vision. Chacun est libre de voir ce qu’il veut. Ce qui est certain, c’est que cela a été une très longue, intéressante et assez dure aventure. Cela ne veut pas dire que je n’avais pas fait autre chose. Entre-temps j’ai fait des duos avec Mohamed Mounir, des clips pour notre chère patrie concernant le 1er Novembre notamment, des tournées un peu partout entre autres récemment en Angleterre. J’ai travaillé aussi avec Peter Gabriel du groupe Genesis.


Il me semble que vous avez déjà travaillé avec lui il y a quelques années.

Oui, tout à fait. Il m’a donc invité pour donner deux spectacles au Womad (World of music and dance). J’ai profité de ma présence à Londres pour faire quelques jolis jingles pour la télévision algérienne, un cadeau de ma part. En même temps, j’ai profité pour terminer quelques scènes du clip de Lala Mina qui commence à New York et se termine à Londres, en passant par le désert algérien. Ce qui est important à souligner est que c’est la maman de Athmane Bali, La Khadija, qui tient le rôle principal. J’ai toujours eu une relation très proche, familiale avec la famille de Bali. C’est un hommage que je rends à la culture touarègue.


Vous revenez donc avec un nouvel album dans lequel on retrouve cet excellent morceau, aux côtés de 10 autres dont un bonus traks de Caravan to Bagdad revisité. Peut-on en savoir plus?

L’album contiendra 11 titres. En m’adressant aux fans de Hamid Baroudi je dirai qu’ après Hakmat lekdar, Sidi etc. je reviens avec un nouveau habillage musical de Caravane to Bagdad car là où je passais, on me réclamait cette chanson. Avec ce qui se passe dans le monde, on m’a demandé de revoir cette chanson ou d’en faire un remix. Je ne voulais pas en faire un remix. J’ai complètement changé sa structure. Je lui ai donné une notation assez moderne et une vision actuelle. Je l’ai réactualisée. J’en ai fait deux versions. Une à l’attention des fans algériens et une autre en anglais. Lala Mina sera l’introduction de l’album. On y retrouve aussi Omri maâk, El meskine qui raconte l’histoire des défavorisés dans notre société, aussi une chanson sur les harragas, qui se veut un cri d’alarme...Une autre très spirituelle qui s’appelle Moula Moula qui s’inspire du désert. Il y a toujours ce retour aux sources. L’album contiendra aussi une chanson intitulée African roots qui parle de nos origines arabo-andalou-berbères avec nos racines africaines. C’est une des chansons qui me plaît le plus. Je signale que toutes les chansons ont été clipées. Cela m’a pris beaucoup de temps.


Je présume que vous les avez réalisées vous-même eu égard à votre formation en audiovisuel?

J’ai effectivement une formation en audiovisuel car quand je suis parti en Allemagne, c’était pour étudier le dessin animé. J’avais un certain penchant pour tout ce qui était Cartoon. On m’a parlé d’une très grande école qui a formé de brillantes personnes qui travaillent à Walt Disney. Les premiers hommes oscarisés d’Allemagne en dessins animés comme Thomas Stellmach et Christoph lauenstein étaient mes camarades de classe. Celui qui a reçu l’Oscar est Thomas. C’était un homme brillant, une icône en Allemagne. C’est lui qui m’a assisté au niveau de la caméra dans Caravan to Bagdad. On a fait des études ensemble. Or, moi, après 4 ou 5 semaines je me suis dit que faire un film en 3 ou 4 ans pour quelques minutes c’est trop. J’ai préféré changer de cap et je me suis dirigé vers l’audiovisuel et communication moderne, en trois D. A l’époque, la vidéo n’était pas encore une mode. Les gens ne connaissaient pas les clips. C’était l’époque de Madonna, Triller de Michael Jackson etc. J’ai grandi avec les Beatles, les Doors, Paul Mc Cartney, Bob Dilan, Jimi Hendrix, C’étaient mes influences. J’ai été bercé par la musique américaine et le blues africain, à l’image de Ali Farka Touré, etc., sans négliger le côté algérien, celui de Dahmane El Harrachi, El Anka, Ahmed Wahbi, Blaoui El Houari. Je portais en moi une mosaïque de musiques, qui m’a servi plus tard. C’est la raison pour laquelle je suis parti en Allemagne.


Pourquoi précisément?

C’était un accident. Car ma destination c’était Liverpool. Parce que les Beatles venaient de Liverpool et c’est grâce à Lenon et Mc Cartney que j’ai appris l’anglais. Je leur suis infiniment reconnaissant. Parce qu’ils m’ont ouvert beaucoup de portes. Je faisais la manche dans les métros. Je jouais partout. Ça m’a servi. Avant de monter sur les grandes scènes, j’avais déjà l’expérience des rues d’Amsterdam, de Londres, de New York, de Berlin...Quand j’ai appris que je pouvais faire des études de cinéma, j’y suis rentré. J’étais entouré de bonnes personnes. A l’époque, il n’y avait que des étrangers dans cette université et puis un Iranien et moi. J’ai suivi 6 ans de formation. Le hasard a voulu que mon professeur Paul Briesen, un Canadien, était celui qui avait fait le dessin animé de Yellow Submarine des Beatles. Il m’a dit: «Si tu veux percer, viendra le jour où la musique ne pourra plus se passer de l’image et vice versa.» J’avais une formation cinématographique. Je travaillais en 16 et 35 millimètres. La guerre en Irak éclate. Je pars en Andalousie, je ne pouvais pas venir en Algérie faire des tournages. Il y avait un vide politique, pas de moyens, pas comme aujourd’hui. Et j’ai voulu faire ce clip que j’ai tourné en plein désert, en super 16 millimètres avec Thomas qui reste un bon ami, un conseiller dans la musique. Au lieu de m’acheter une villa ou une voiture, moi j’investis tout dans la musique. Je peux vous confier une chose dont je suis fier: j’ai vendu mon appartement pour financer cet album! On m’a dit: «Hamid, tu es un fou!» J’ai répondu que oui j’étais fou quand j’ai fait Caravan to Bagdad, j’étais fou aussi quand j’ai réalisé Hakmet lekdar, Sidi. Je suis quelqu’un qui risque gros car j’ai mon petit rêve américain...


Quel est-il?

C’est vrai qu’on peut trouver des sponsors mais on n’a pas cette liberté et elle n’a pas de prix. Vous savez, quand vous faites des films en France ou ailleurs, on vous donne de l’argent mais on vous impose une vision...Celui qui finance, c’est lui qui décide. J’a appris cela dans mon école. Mon professeur disait: «Tu veux faire un film, d’accord, tu as besoin de combien? 10.000 euros et si je te donnes 20.000? Je te donne, au lieu de 6 mois, une année et 15.000 euros mais si jamais ce travail n’est pas solide, tu seras à l’index c’est-à-dire brûlé à tous les niveaux.» C’est ce qui m’a donné cette force. Je me suis dit que j’allais faire cet album, pas en restant dans un studio d’enregistrement et faire ramener des musiciens d’Afrique, d’Algérie et d’Egypte, plutôt en voyageant. J’ai donc été en Australie, j’ai fait une tournée à Melbourne, Sidney, j’ai rencontré les aborigènes, j’ai visité les 5 continents. Tout a été filmé, notamment à Melbourne en Australie, à Venise, en Égypte à Louksor, en Allemagne, Toronto, Vancouver, New York, à Londres.


On peut parler de couleurs musicales qu’on pourra trouver dans cet album qui s’appellera Tam-tam à Tam?

Si on prend la chanson Omri maâk, elle commence à Alger, c’est le mandole algérois, de Dahmane El Harrachi, après 15, 20 secondes, on plonge en pleine Andalousie, à l’époque de Tarek Ibn Ziad quand les grandes allées de l’Andalousie était illuminées, en Occident on vivait dans les grottes. L’Islam était à son apogée. Et je pleure cette période. C’est pour cela que je me trouve souvent dans un hôtel comme El Djazaïr. Je suis trop proche de l’Andalousie ici. Cela me rappelle Alger d’autrefois. J’aime ce qui est authentique, millénaire. L’album est marqué par l’histoire de la musique, influencé par la musique nord-africaine, arabo-andalouse en passant par l’Amérique latine, l’afro-cubain, salsa, et revenant par la porte de l’Europe. La fin, c’est de nouveau la Casbah. On trouve également de l’Imzad. A l’époque, quand j’étais avec Dissidenten, dans les années 1980, on faisait du gnawi. Ce n’était pas une mode comme aujourd’hui. On avait modernisé la musique marocaine. Les Marocains sont reconnaissants du travail qui a été fait. Je me suis dit qu’il fallait me pencher cette fois-ci sur la musique algérienne et ses influences. Dans African roots, c’est un message à l’Occident pour montrer que nous sommes un pays très riche, nourri de nombreuses influences. On est aux portes de l’Afrique, de l’Europe. On a le rythme africain qui vient du Sud, la musique arabe, de l’Est, le musette, la mandoline qui vient du Nord, le flamenco. De l’Atlantique, ce sont les musiques américaines qui arrivent, le hip pop, R’nb etc. J’ai touché à un peu de tout en abordant des sujets sociaux culturels qui touchent non seulement notre pays mais tout le Bassin méditerranéen.


Vous avez participé, il y a quelques années, à un grand projet culturel lors d’une exposition internationale au Japon qui avait rassemblé la famille de Bali: où en êtes-vous actuellement?

Quand on m’a proposé de travailler sur ce projet, j’ai pris, bien sûr, Bali et des troupes plus traditionnelles de musique tindi. J’ai travaillé avec ces grandes dames de l’imzad, notamment Tarzakh qui est pour moi la reine et des gens de Djanet, Illizi et Borj Badji Mokhtar. C’est vrai qu’il y a d’autres personnes comme Chtima dont s’occupe brillamment l’Association Sauvez l’imzad de madame Sellal. J’avais enregistré trois morceaux en targui. Je chante, en effet, en tamasheq. Et dans l’album, c’est une fille qui symbolise ce mystère du désert. Mon secret, car on ne la verra jamais sur scène. Elle représente ces gens avec qui j’ai une amitié très profonde depuis des années...le fils de Bali a joué dans mes clips.

C’est celui qui court dans Ouaâlach ouatini. Pour moi, ce sont mes enfants. Je ne pars pas simplement à Djanet ou à Tamanrasset pour prendre une photo et m’extasier devant la beauté du paysage. C’est une sincérité qui se dégage derrière. Bali et moi avons travaillé ensemble lors des tournées européennes, en Belgique, en Allemagne, il venait chez moi. Je suis quelqu’un qui est trop attaché au désert. C’est pour cela que je dis que j’aime et je me base sur l’authenticité tout en gardant ce timbre moderne, cette manière moderne de faire passer le message en touchant à tous les styles de musique du hip pop, rythmen blues aux sons électroniques. Je suis un cross over. Je fais de la musique ethnologique avec des sons numériques que les jeunes sont en train d’écouter. Car la décennie raï est révolue. On l’écoute plus en Europe. Les jeunes d’aujourd’hui grandissent avec Internet et les nouveaux moyens technologiques. Ça va à la vitesse de la lumière. Il faut être à la page. C’est pour cela que je remercie le Bon Dieu, ma volonté est d’avoir passé des nuits à dormir dehors, plus d’un an et demi, dans des cabines téléphoniques dans les années 1980. Je n’avais pas de bourse, seulement ma voix et ma guitare. Je faisais la manche pour pouvoir étudier, prendre des cours de langue, des études universitaires. Et je suis devenu producteur-réalisateur. J’ai mon propre studio d’enregistrement. En clipant toutes mes chansons cela veut dire que je mémorise la culture algérienne. Car les gens n’ont plus le temps de lire un journal ou un roman, c’est l’époque de You Tube, My space des blogs.


Où en êtes-vous avec la tournée nationale que vous comptiez organiser en Algérie ou plutôt devrions-nous dire, à quand Hamid Baroudi sur une scène algérienne?

Je vous promets de revenir au printemps prochain pour une tournée. Avec ce nouvel album, les clips, mes deux sites Internet l’un on line et l’autre Hamid baroudi.com, je voudrais faire un travail pointu, de six mois et je reviendrai pour des concerts de qualité avec un écran géant sur lequel seront diffusés tous mes clips. Un travail unique qui n’a jamais été présenté auparavant. Quand je reviendrai, ce ne sera pas simplement Hamid avec une guitare mais avec un écran où l’image passera en un huitième de seconde. Interactif. Les Algériens vont se régaler. Ce sera un spectacle à la Pink Floyd!

Vous devez être connecté pour poster des commentaires

Identification

Agenda

November 2017
M T W T F S S
30 31 1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 1 2 3